Entrer en thérapie, c'est comme participer à Fort Boyard

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Certains signent ne trompent pas et la solution peut être de prendre rendez-vous avec un psychothérapeute. Anne Cazaubon vous aide à franchir le pas.

Anne, avec vous, on franchit le pas : on entre en thérapie !

Bah oui, c’est là qu’on est ! Parce que vous croyez que je ne vous vois pas ? Ça fait des années que vous étouffez toutes vos émotions. Ça fait des lustres que je vous vois glisser le moindre petit mouton de poussière de l’âme sous votre tapis. Je vous ai vu, prendre tout en charge au moment du décès de votre mère et faire bonne figure parce qu’il fallait bien qu’il y en ait un qui tienne. Je vous ai vu serrer les dents au boulot, malgré les trois suppressions de poste dans le service et le salaire qui ne va pas avec. Je l’ai vue cette colère étouffée, au dernier repas de famille, où comme d’habitude, peu importe votre situation personnelle ou professionnelle, vous avez été le bouc émissaire, comme depuis l’âge de 5 ans ! Oui, j’ai vu tous ces taquets derrière la tête que vous a mis la vie et j’ai vu comment l’air tout autour de vous est devenu de plus en plus épais, presque irrespirable. J’ai vu comment vous avez commencé à perdre le sommeil, l’appétit, ou votre libido, parfois les trois en même temps. J’ai vu comment la tristesse, la solitude ou la peur ont commencé à se taper l’incruste dans votre vie. J’ai vu comment vous avez gonflé le torse en hurlant : "Même pas mal." Et à ce moment-là, je me suis demandé qui vous pensiez duper. Oui, j’ai une mauvaise nouvelle. Plus ces émotions non digérées s’accumulent, plus le travail de réparation sera long et difficile. Oui, plus vous marchez sur votre entorse, plus vous avez de chance que ça empire.

Faire tomber les murs de la résistance. Et puis un jour, parce que vous vous êtes fait peur face à votre armoire à pharmacie ou sur un quai de métro, parce que cela fait la 15ème personne qui vous dit qu’elle ne vous reconnaît plus tout à fait, parce que vous sentez que vous faites le vide autour de vous en prenant vos amis pour des psys de comptoir, parce que vous ne vous sentez plus vraiment vivant, au fond, vous avez enfin fait tomber les murs de résistance, les excuses bidon, les : "Non, je n’ai pas d’argent pour aller voir un psy." Le tout en vous ruinant en achats compulsifs de vêtements. Il paraît qu’assumer ses contradictions c’est devenir adulte ! Une fois que vous avez cessé de dire que "les psys, c’est fait pour les fous", que vous n’en avez pas besoin parce que vous lisez des livres de développement personnel, vous osez enfin reprendre ce vieux mémo que vous aviez gardé tout de même, au cas où… Un mémo sur lequel on vous a griffonné un numéro psy. Et ce jour-là, en conscience, vous allez passer un pacte avec vous-même. Sans doute l’engagement de votre vie ! Pas de : "J’essaie une fois pour voir." Non, non, vous passez un vrai "partenariat" tacite avec ce thérapeute pour vous accompagner dans l’éclosion de votre être profond.

Approchez-vous de votre forteresse. En fait, pour résumer, pour vous donner une idée, entrer en thérapie, c’est un peu comme participer à Fort Boyard ! Oui, on s’approche d’une forteresse en zodiac. La forteresse, c’est cette part de vous-même à réparer, votre essence profonde, plantée là, en pleine mer, au milieu des flots, peut-être des flots de sanglots que vous avez à déverser pour aller mieux. Vous allez donc vous en approcher sur un zodiac et tenter d’entrer à l’intérieur. Là, tout un tas d’épreuves vous attendent. Mais la chance, cette fois, c’est qu’à l’inverse de votre vie, vous serez accompagné par votre psy pour expérimenter tout ce qu’il y a de difficile à retraverser. Et puis à l’inverse de Fort Boyard, personne ne va tambouriner à votre porte en vous hurlant. Non, parce que Passe-Partout, Passe-Temps et les autres savent ô combien ce travail est de longue haleine, qu’il faut du temps, de l’énergie, de la patience… Qu’un jour, la fontaine de larmes va se tarir, qu’on redressera enfin la tête, qu’on pourra lancer un "Félindra, tête de tigre". Et surtout, surtout, que la récolte sera belle ! Oui, d’abord, se guérir soi-même et le reste suivra.