Écrire une lettre à mon "enfant intérieur"

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Pour Anne Cazaubon, reconnaître ses blessures d'enfance en s'écrivant une lettre à soi même est le meilleur moyen de s'en libérer. 

Ecrire pour mettre à distance, pour se "décoller" de ce qui nous encombre et de ce qui prend finalement, à bien y regarder beaucoup de place dans nos vies. Ce qui nous entrave, ce qui nous empêche d’avancer, se trouve généralement dans un coin reclus, poussiéreux, que l’on a parfois oublié, ou sur lequel on a jeté un voile pudique, parce qu’il a fallu "faire avec", parce "qu’il le fallait bien".

Un retour au pays de l'enfance. Vous voyez où je veux vous emmener, au pays de l’enfance. Certains d’ailleurs ont oublié qu’ils avaient séjourné pendant quelques années là-bas, n'ayant gardé aucun souvenir de leur enfance ou presque. D’autres ont oublié que cet endroit pouvait être zone de ressources, de reconnexion à sa joie profonde, celle de l’enfant de 5 ans que vous étiez.

Renouer avec cette petite fille qui sautait dans les flaques, avec ce petit garçon qui tapait dans la balle, avec cette jeune fille qui dessinait sur ses copies de maths, ou ce jeune homme qui rêvait de voyager. Sauf que déjà, peut-être, sur ces images viennent planer l’ombre d’une mère qui vous interdisait de jouer pour ne pas abimer vos vêtements, ou celle d’un père qui criait un peu fort dont vous aviez peur ou dont vous n’étiez pas le préféré. Peut-être que là déjà, certaines blessures se sont cristallisées, certains interdits ont été posés ou pire, que des drames se sont joués et qu’ils se sont transformés en traumatismes et que vous les avez toujours avec vous aujourd’hui, dans votre sac à dos émotionnel. Un petit 15 litres, totalement invisible qui prend souvent des allures de lombalgie ou de lumbago et que vous portez depuis tout ce temps-là, bien calé sur les trapèzes ou entre la 3e et la 4e lombaire !

Accepter ses blessures. Alors aujourd’hui, je vous propose de vous "rapprocher de votre enfant intérieur", de ce " petit vous" qui parfois (trop souvent même) réagit dans votre vie : quand vous vous insurgez face à une situation d’injustice dans la rue, quand vous n’êtes pas reconnu à votre juste valeur au travail et que cela vous met hors de vous, que vous hurlez sur vos collègues ou quand avec votre partenaire vous rejouez ensemble un scénario que vous connaissez par cœur, puisque vous l’avez tellement observé chez vos parents plus jeune.

Reconnaître ces événements, ces blessures d’enfance qui m’ont façonnées, sur lesquelles je me suis construit et qui me font souffrir parfois, c’est accepter que tout cela fait partie de ma vie. C’est accepter, et leur dire oui, arrêter de lutter contre, pour enfin reconnaître, me reconnaître blessé et digérer. Et si vous choisissez d’emprunter la voie du développement personnel, en souhaitant enfin réaliser tous vos potentiels pour vivre la vie que vous méritez, vous allez vite vous rendre compte qu’il va devenir urgent de vous libérer de ces blessures émotionnelles ou du moins, de vous en alléger parce que croyez-moi, ça ne se fait pas d’un seul coup, en une seule fois.

Une lettre à ses parents. Pour s'alléger, on peut écrire une lettre, mais pas n'importe quelle lettre, en écrivant une lettre qui va commencer par " ma chère maman et/ou mon cher papa" qui va vous permettre de vous reconnecter à l’enfant blessé qui sommeille en vous, en vous remémorant certains moments difficiles où vous ne vous êtes pas senti écouté ou soutenu : ce jour où vous aviez mis votre plus belle robe et où votre mère avait lâché une phrase assassine à l’adolescente en manque de confiance et en découverte de son féminin que vous étiez, ce repas de famille où votre père vous a humilié avec vos résultats scolaires ne comprenant pas le mal-être qui suintait derrière ces mauvaises notes…

Prendre son enfant intérieur par la main. Alors, attention, il ne s'agit pas de déclencher une troisième guerre mondiale dans la famille. L’idée n’est pas de leur lire la lettre, ni de leur envoyer, ni de la faire lire par quiconque d’autre d’ailleurs. Qu’ils soient vivants ou morts, ça n’a pas d’importance, c’est de toutes façons entre vous et votre "enfant intérieur" que cela se joue. Vous pourrez ensuite la brûler, la déchirer, la déposer sur une tombe, l’enterrer. L’objectif de cette lettre est tout simplement d’aller chercher votre enfant intérieur blessé, de le prendre par la main pour lui redonner le sourire, parce que la donne a changé et l’adulte que vous êtes aujourd’hui peut enfin le protéger et lui reconnaître son statut de victime.