D'où vient le Kāma Sūtra ?

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Vendredi, Anne Cazaubon nous raconte d'où vient le Kāma Sūtra et surtout, ce qu'il contient. "Le Kāma Sūtra n’est pas un ouvrage dédié uniquement à des postures sexuelles", explique-t-elle.

Anne, aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, vous nous parlez de sexe !

Devant l’insistance de vos dizaines de SMS (de jour, comme de nuit) me suppliant de faire descendre en-dessous de la ceinture cette chronique de développement personnel, je m’incline et je rends les armes. Aujourd’hui, je vous parle donc d’amour, mais en conscience. Ah, on ne m’achète pas comme ça ! Je vous propose donc de tourner notre regard vers l’Inde et de reprendre nos fondamentaux en ouvrant le livre du Kāma Sūtra. Ou plutôt devrais-je dire : "Les livres du Kāma Sūtra". Parce qu’au total, cet ouvrage cultissime de la littérature érotique ne comprend pas moins de sept volumes. De quoi caler donc une armoire normande.

Oui, sauf qu’il est grand temps de rétablir une vérité. Le Kāma Sūtra n’est pas un ouvrage dédié uniquement à des postures sexuelles comme on nous le vend. En réalité, la cravate de notaire, le collier de Vénus, le cadenas, le lotus renversé, la brouette thaïlandaise, la grande ourse, le héros à ressort (qui requiert une grande souplesse dans la zone des lombaires) n’occupe qu’une toute petite partie du livre qui est, à l’origine, conçu pour aider les amants à vivre en harmonie.

D’où vient le Kāma Sūtra ? Qui a écrit ces sept livres ?

C’est Vatsyayana Mallananga, un brahmane (plutôt un homme d’esprit, un religieux) qui a écrit cet ouvrage-culte et fondateur au 4ème siècle dans une période particulièrement chaste. Et je me dis qu’on devrait vendre cet argument de poids à tous ceux qui choisissent de se faire une retraite spirituelle dans un monastère ou un ashram pour se décoller des écrans par exemple. Oui, quand on se coupe de quelque chose, on ne sait jamais de quelle nature sera le souffle d’inspiration qui nous traversera. Kâma, (pour ceux qui n’ont pas fait sanskrit en LV3) ça veut dire désir. Et sûtra, c’est l’aphorisme.

En fait, au départ, c’était plutôt un texte censé aider les amants dans leur vie amoureuse. On y parle donc de généralités (des arts, des comportements citadins…) et puis de l’union sexuelle (des différentes pratiques sexuelles), des jeunes filles vierges (comment les séduire), des femmes mariées, des courtisanes, et enfin des pratiques dites "secrètes" : comment être heureux en amour ou réveiller la passion.

Sauf que si aujourd’hui le Kāma Sūtra a la réputation d’un livre plein de postures, plus folles les unes que les autres, on le doit à un Anglais excentrique qui vivait au 19ème siècle, Richard Burton, un explorateur surtout connu pour avoir découvert la source du Nil et qui, bien plus que par ses découvertes géographiques, était intéressé par la vie amoureuse des indigènes qu’il rencontrait durant ses voyages.

Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, et surtout en 2018, c’est d’y découvrir une grande liberté d’être, puisque l’homosexualité masculine comme féminine y est considérée comme naturelle (ce qui tranche fortement avec le puritanisme actuel en Inde). Et déjà, on y décèle une grande ouverture de conscience, puisqu’il y est écrit que le but de l’ouvrage est de permettre la communion mentale au même titre que physique. "Lors de l'acte sexuel, si les pensées des deux partenaires sont différentes, c'est comme s'il y avait l'union de deux cadavres", peut-on encore dans le Kâma-Sûtra, qui nous invite à toujours mettre un peu plus de conscience dans ce que nous faisons aussi, dans l’intimité !