Des stages pour se transformer de l'intérieur

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
Partagez sur :

Dans les stages de croissance personnelle ou d'accomplissement de soi, il se dit souvent des phrases qui nous accompagnent toute une vie.

Aujourd’hui, vous nous donnez une nouvelle leçon de développement personnel.

Vous le savez, le développement personnel est un champ immense : il y a les livres, les thérapies diverses et variées, il y a les conférences, on en a parlé lundi et puis il y a les stages de croissance personnelle ou d’accomplissement de soi pour expérimenter cette transformation intérieure. À faire toujours dans un cadre sécurisé et avec un thérapeute dont c’est le métier et que l’on vous a recommandé, est-il nécessaire de le rappeler ? Dans ces stages, il se vit de magnifiques scènes de réconciliation intérieure, de belles rencontres aussi avec d’autres que vous, qui cheminent, qui s’interrogent et qui souhaitent lâcher leurs peurs, s’affranchir des loyautés familiales, se pardonner, faire un bond de géant dans leur vie, stopper la machine infernale des scénarios à répétition… Et puis parfois, souvent, dans ces stages, il se dit des phrases qui restent longtemps en tête. Des phrases qui nous accompagnent toute une vie. Je me souviens d’un groupe notamment où il y avait beaucoup d’hommes et de femmes célibataires sans enfant, qui étaient venus "travailler sur eux", se libérer des chaînes qui entravaient un projet d’entreprise, un projet de famille, une carrière artistique…

Je me souviens de la thérapeute qui organisait le stage qui nous avait dit que celles et ceux auxquels, pour l’heure, il n’était pas donné de "donner la vie", en revanche, ils pouvaient "donner vie à" un projet, un livre, une œuvre, une entreprise… Et que, pendant qu’ils travaillaient sur leur propre enfant intérieur, pour comprendre les freins, les blocages, les croyances limitantes, pour balayer devant leur porte et éviter de refiler la patate chaude qu’on leur avait refourguée, les autres, ceux qui étaient parents, eux, s’ils ne faisaient pas ce travail, se feraient rattraper et rappeler à l’ordre par leurs enfants tôt ou tard.

Magnifique illustration de ce précepte, ce matin dans le bus, là, sous mes yeux. 8h15, un papa quadra et ses trois fils en route pour l’école. Le père est plutôt fringant, regarde si on le regarde, jette même deux ou trois œillades aux quelques talons aiguilles dans un nuage de parfum plongés dans leur smartphone et puis soudain, la voix du fils aîné, rompt le silence : "Papa, on a pas payé !"

Là, le père fusille son fils du regard mais ne dit rien, prenant le pari que le petit va se fatiguer tout seul. Mais ça, c’est faire abstraction de la pugnacité  d’un enfant de sept ans : "Mais papa, on a pas payé le monsieur !" Ce qui est beau, dans ce moment-là, c’est le silence du père, gêné, au pied du mur, face à sa propre responsabilité, à sa propre vérité et cet enfant qui lui tire la manche, pour le renvoyer à sa propre contradiction. Ce qui est touchant aussi, et juste, c’est que ce père aurait pu mentir, poussé dans ses retranchements, mentir, ou pire, disputer son fils en lui disant "mêle toi de tes affaires, j’ai payé et tu ne l’as pas vu !" Mais rien. Il reste silencieux et l’enfant répète : "Papa, on a pas payé."

Finalement, dans un sursaut, scruté du coin de l’œil par l’ensemble du bus, le père se ressaisit : "Allez hop, les garçons, on descend là."

- "Mais papa, on n'est pas encore devant l’école."

- "Et bien ce n’est pas grave, aujourd’hui, on va marcher !"