Comment un apéro en terrasse se transforme en leçon de développement personnel ?

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Ce qu’il y a de bien avec le développement personnel, c’est qu’il se pratique également en terrasse avec un verre de rosé piscine à la main et que contre toute attente, même à l’apéro, on peut régler son compte à notre ego !

Aujourd'hui, on va au bistrot ! Qui a dit que le développement personnel était réservé à ceux qui mangeaient bio, qui méditaient toute la journée, et dont tous les chakras étaient nettoyés et alignés ? Non, comme pour le reste, chacun chemine avec ce qu’il est, à l’endroit où il en est et donc parfois, accoudé au comptoir d’un bar ! Vous le savez, le développement personnel c’est ma vie mais je n’oublie pas que l’apéro, c’est la vie ! C’est donc dans ce bar au sol un peu collant que j’ai rencontré ce barman, qui comme monsieur Jourdain, fait du développement personnel sans le savoir. Mieux ! Hier soir, il m’a même donné une leçon de développement personnel (et ceci n’est pas une métaphore coquine pour décrire une pratique sexuelle déviante).

Je vous décris la situation. Nous voilà donc avec une amie en train de passer au crible la carte des vins pour commander, quand le serveur vient à notre rencontre pour nous préciser les quelques cocktails qu’ils ne faisaient plus. Il est plutôt bon esprit ce serveur, il blague, il aime son travail, ce café, ça se voit qu’il est au bon endroit. Au moment de nous apporter nos boissons, un peu de vin s’échappe de l’un des verres. Et pour blaguer, je lâche un : "Oh c’est pas grave, puisque vous allez nous les offrir !" Oui, j’ai eu des jours meilleurs en terme de répartie, je ne vous le cache pas. Je reconnais que ce n’était pas de très bon goût mais bon, c’était histoire de faire un bon mot ! C’est là, que le serveur s’est arrêté, qu’il m’a regardé et d’une voix douce, sans colère, il a simplement rectifié : "Non, si je vous offre quelque chose, c’est que vous ne l’avez pas demandé. Si c’est demandé, réclamé, alors ce n’est plus 'offrir'."

L'importance des mots

Et là, j’avoue que j’étais séchée. Parce que sans vraiment réclamer, sous couvert de l’humour, pour le titiller un peu, eh bien j’avais quand même réclamé (et ceci n’est pas une chronique sur l’art d’être commerçant, bien évidemment, ça n’est pas le propos). Bref, ce serveur, avec bienveillance, m’avait tendu un magnifique miroir, à moi, qui vous répète chaque jour combien les mots sont importants, combien leur pouvoir est immense et comment ils créent notre réalité. Parce que l’abondance, elle vient de là, de la spontanéité du geste. Si je réclame, l’autre n’a plus envie de me faire plaisir et je lui coupe toute envie de me faire plaisir. Pire, je lui montre que je suis dans l’attente de quelque chose provenant de lui.

A ce moment-là, je me suis souvenue de cette thérapeute qui me répétait que nous étions tous des enseignants les uns pour les autres, que nous avions tous à apprendre les uns des autres, et qu’en permanence, l’autre, celui d’en face, notre collègue de bureau, notre voisin du dessous, cette dame à l’arrêt de bus, tous, sont nos maîtres Yoda intérieur. Au même titre que tous autant que nous sommes, nous sommes des maîtres Yoda pour d’autres. Et comme un clin d’œil, à la fin de son service, il est revenu avec deux petits shooters (pour chacune d’entre nous, et que nous n’avions pas commandés bien sûr) comme pour illustrer son propos, parce que cette fois-là, il nous offrait vraiment !