Comment parler de la pauvreté à ses enfants

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Anne Cazaubon évoque la difficulté d’évoquer la pauvreté et la misère aux petits, avec des mots appropriés. 

Namaste ! On s’occupe des petits et de la manière dont on leur parle des choses, dont on leur dit le monde. Parce qu’il faut souvent faire confiance aux enfants, qui sont des êtres ultrasensibles, pour nous rappeler ce qui est insoutenable, et nous ôter nos œillères tout en pointant nos contradictions pour nous remettre les yeux en face des trous. Et ce à  quoi, malheureusement, on avait presque fini par s’habituer : la présence de sans-abri dans les gares, dans le métro, de ceux qui meurent dans l'indifférence sur un morceau de carton, sur un matelas pourri, le long des boulevards périphériques, seuls ou avec leurs enfants.

Alors oui : qu’est-ce qu’on leur dit aux petits, quand ils nous demandent "pourquoi le monsieur, il dort dehors ? Pourquoi la dame, elle n’a pas de maison comme nous ? Et Est-ce que moi aussi, je ferai la manche quand je serai grand ?" C’est vrai que ça n’est pas simple de parler aux enfants, et parfois, on aurait bien envie de s’inspirer du rappeur ‘Orelsan’ pour répondre.

"Oui, tout va bien", à prendre bien sûr, au énième degré. La vie se charge bien assez tôt de toute façon d’envoyer à la figure des enfants une réalité aussi glaciale et abrupte qu’une coupure de courant en pleine partie de FIFA. Pas facile dès lors pour les adultes de répondre aux interrogations et angoisses des petits. Pas simple de trouver les mots justes sans se prendre les pieds dans les stéréotypes!

  • Qu’est-ce qu’on peut quand même leur dire quand on rencontre des personnes sans domicile fixe ?

D’abord, on va faire attention à ce que l’on dit, à hauteur de trottoir. Trop souvent, on entend des phrases malheureuses, de chantage comme "Tu vois, si tu travailles mal à l'école, tu finiras comme eux !" Au-delà du manque de respect que cela démontre pour ces personnes, c’est assez peu constructif !

La culpabilité aussi : "Tu termines ta soupe tout de suite ! Pense à tous ces SDF qui n’en ont pas." Ce genre de menace pourra faire naître chez l'enfant de la culpabilité, voire de la haine, puisqu’indirectement, il a été condamné à terminer le potage "parce que les SDF n’en avaient pas". Non, face à la détresse des SDF, on peut dire à son enfant que l'on peut tous se retrouver sans rien mais qu'en même temps on fera tout notre possible pour le protéger. On peut aussi aller au contact de ces personnes pour échanger quelques mots.

Si la vue de la misère rend trop triste votre enfant, vous pouvez aussi lui proposer de faire un dessin pour le monsieur. C’est surtout l’occasion d’essayer d'inculquer des valeurs éducatives aux enfants, comme la générosité et la solidarité. On peut par exemple les emmener participer à une collecte de la Banque alimentaire ou à les faire visiter une antenne des Restos du cœur pour qu'ils comprennent que les SDF ne sont pas abandonnés.

On peut enfin se laisser inspirer par ce qui se fait beaucoup aux Etats-Unis, au Canada, en période de grand froid. Vous savez tous ces gens qui accrochent des écharpes, des manteaux à des lampadaires, à des poteaux, à des bornes, en y glissant un petit mot qui dit : "si vous avez froid, prenez-moi !" C’est ce qu’a fait Elise Boiveau, une Nantaise de 31 ans, travailleur social de son état qui propose aux Nantais, de venir nouer un foulard, une écharpe dont vous ne vous servez plus autour des arbres, des poteaux de la Place du Boufay à Nantes Dimanche à 15h. L’opération s’appelle "Une écharpe pour mon poto". C’est une belle initiative que chacun peut reprendre à son échelle.