Ces couples qui nous inspirent

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Anne Cazaubon a assisté à une scène qui l'a marquée dans le métro. Une scène qui lui a rappelé une phrase de Christian Bobin, qui dit qu’être amoureux, c’est "savoir prendre soin de la solitude de l’autre, sans pour autant prétendre la combler".

Chaque jour, on en apprend un peu plus sur le développement personnel grâce à la chronique Antidote.

Namaste ! Le vendredi, vous le savez maintenant, je vous parle de vous, je vous parle de nous. Bref, je vous parle d’amour ! Et je ne sais pas si vous avez déjà fait ce constat mais les couples qui nous inspirent sont rares. Parmi ceux qui nous entourent, j’entends. Et puis des couples ancrés dans la vraie vie, dans le quotidien ! C’est une vraie question, ça. Autour de vous, combien de couples vous inspirent ? Quand vous les regardez, vous vous dîtes : "Wouha, ils ont vraiment trouvé le truc !" Où l’un et l’autre s’élèvent mutuellement ? Où chacun s’aide dans la pleine réalisation de ses potentiels ? Où on prône le nivellement par le haut ? Où les jeux de pouvoir sont complètement bannis ? Où il n’y a pas à instaurer de règles, puisque les rôles, les tâches s’échangent spontanément. Alors, je les cherche ces couples, partout, tout le temps, pour y croire, à cette alliance possible. Et c’est finalement dans un métro bondé, que j’en ai trouvé un dernièrement !

Heure de pointe, électricité dans l’air, promiscuité subie, l’équation infernale. Oui, dans cette rame de métro, comme dans nos vies, chacun cherche sa place ! Sans compter qu’à Montparnasse, les portes de la rame s’ouvrent et laissent entrer une jolie petite famille, trois jeunes enfants et des tonnes de bagages. Il y a elle, la quarantaine, véritable rayon de soleil, qui répond aux questions des enfants sur le nombre de stations qu’il reste avant l’aéroport, qui rassure les plus jeunes quand la lumière s’éteint, tout en rattrapant une valise qui se fait la malle. Et il y a lui, les traits tirés, les yeux dans le vague, la mine hirsute, qui se cramponne à la barre du métro sans un mot. Dans un moment de répit, elle s’approche de lui, le regarde avec une infinie douceur et lui demande : "Ça va ?" Lui, répond dans un soupir : "Je suis fatigué."

Une scène pleine de tendresse. C’est à ce moment-là que tout le reste du wagon qui assiste à la scène se fige. Oui, tous, on se regarde, et on retient notre respiration, tellement habitués à ce que ce genre de scène du quotidien dérape, à ce que cette harmonie apparente vole en éclats. Là, c’est sûr, les reproches ne vont pas tarder, le ton va monter. Elle va lui dire : "Tu es fatigué ? Bah franchement, je me demande pourquoi. C’est moi qui ai fait les bagages des enfants jusqu’à pas d’heure !" Ou alors : "Tu es fatigué ? Et moi, tu crois pas que je suis fatiguée ?!"

Et pourtant, rien de tout ça. Au lieu d’un esclandre en public, gênant pour tout le monde, c’est avec une compassion totale qu’elle enveloppe sa main autour de celle de son mari, tout en le regardant en silence, avec une infinie tendresse dans le regard. Comme pour lui dire : "Je ne peux rien faire pour t’alléger de ta fatigue mais je suis là." Puis elle s‘est tournée vers le petit dernier, pour lui répondre que oui, il ne reste que trois stations avant de descendre ! À ce moment-là, je me suis souvenue de cette phrase du poète Christian Bobin, qui dit qu’être amoureux, c’est "savoir prendre soin de la solitude de l’autre, sans pour autant prétendre la combler".