À quoi sert le silence ?

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Après avoir exécré le silence lorsqu'elle était jeune, Anne Cazaubon explique que l'absence de bruit est utile pour laisser la beauté entrer en nous.

Aujourd'hui, Anne, vous nous inviter à faire silence.

C’est presque un comble d’ailleurs, de parler de silence à la radio dont, à priori, le principe est de "parler dans le poste" comme dit mon grand-père. Vous savez d’ailleurs qu’en radio, en tout cas à Europe 1, un programme de secours se déclenche automatiquement, au bout de 6 secondes de blanc à l’antenne. C’est-à-dire que si aucun son n’est émis pendant 6 secondes, l’émission que vous écoutez s’arrête et un programme non-daté, atemporel, est lancé, le temps pour les techniciens de s’attraper une bonne petite suée derrière la console en régie, et de résoudre le problème informatique ou logistique. 

Oui, en radio, le silence est mal vu. Mais pas besoin de travailler derrière un micro pour avoir peur de ce silence. Plus jeune, j’étais terrorisée par lui, alors partout dans chaque pièce de l’appartement, chez mes parents, j’allumais des postes de radio, que je laissais branchés, et qui crachaient des flashes-info, le dernier tube de U2 ou un air d’opéra. Chaque radio était branchée sur une station différente dans chaque pièce et à l’époque, ça me rassurait. Il y avait cette voix qui parlait dans chacune des pièces dans laquelle je pénétrais. Je vous laisse toutefois imaginer la cacophonie ambiante… Ça m’apaisait, mais à bien y regarder aujourd’hui, ça étouffait la voix intérieure qui cherchait à s’exprimer en moi. J’entendais le bruit de ce gloubi-boulga radiophonique, mais je ne m’entendais pas, je n’entendais pas ce pour quoi j’étais là !

Le pire, c’est que cette petite voix intérieure, j’ai continué à la bâillonner pendant un certain temps, à remplir mon agenda à outrance, à éviter de me retrouver seule, à caler des cafés, des sorties, à me visser des écouteurs dans les oreilles, à voir des amies pour tout, pour rien et à ne plus passer une seule minute avec la personne avec laquelle j’allais faire chemin jusqu’à la fin de mes jours : moi-même !

Il faut dire que même si on voulait se plonger dans le silence, il est difficile à trouver aujourd’hui, ce silence…

Oui, ce vide-là, il fait peur. Alors on met de la musique dans les ascenseurs, des vidéos clips dans les magasins, les halls de gare, etc. Oui, la nature a horreur du vide, c’est bien connu, comme ce commerce qui a fermé dans ma rue, et sur lequel quelqu’un est venue taguer "Vide" sur les vitres. Un tag de peu d’intérêt vous en conviendrez, mais c’est comme si au fond, ça dérangeait cette personne, que les lieux, soient vide, pour un temps, du moins, avant qu’un prochain café ou boutique n’ouvre à cet endroit ?

C'est en tout cas une rupture. Une rupture avec le flot incessant, le débit infini de paroles, plus ou moins sensées délivrées par toutes sortes de canaux Et si enfin, on laissait entrer le silence ? Faire silence à l’intérieur va me rendre perméable. Et si en plus je m’entoure de beauté, de magnifiques toiles de maître, d’un coucher de soleil sublime, de champs de lavande d’un mauve éclatant, si je m’entoure de beauté en silence, alors je permets à cette beauté d’entrer en moi. Grâce à ma respiration, grâce à ce silence intérieur, je vais pouvoir me mettre à l’écoute, du monde, à l’écoute des autres (sans tenter de répondre, d’argumenter, ou de blesser), et plus que tout, à l’écoute de mes aspirations profondes, de ma mission de vie, et de ce que mon âme cherche à me faire comprendre depuis trop longtemps déjà.