A la rentrée, partez à la rencontre de votre "enfant intérieur"

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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En ce lundi de rentrée, ce n'est pas à son fils ou sa fille qu'il a été difficile de lâcher la main devant la grille de l'école, mais à son "enfant intérieur".

Alors Anne, aujourd’hui, vous nous emmenez à la porte d’une école…

Et je peux vous dire que je reviens de loin. Comme nous tous, vous me direz. Mais tout de même ! Je suis passée devant une école ce matin, et j’ai assisté à des scènes d’une violence inouïe. Oui, je rentre d’un véritable champ de bataille ! Des voitures en warning garées en double file, des papas stressés qui faisaient bonne figure, des mamans au mascara qui dégouline… Et puis surtout, surtout, j’ai vu des mains se lâcher. Ou plutôt une main qui lâche l’autre. Et à ce jeu-là, c’est bien connu, on est souvent perdant, de part et d’autre.

Parfois c’est l’enfant qui lâche le premier pour courir rejoindre ses copains, laissant seule une mère, un père, à ses souvenirs d’école, au temps qui passe, à sa propre enfance, et à son sentiment d’abandon. Un sentiment qui ne parle que de lui et de son "enfant intérieur". De son "enfant intérieur", et surtout pas de son fils ou de sa fille, c’est d’ailleurs souvent là qu’il y a confusion. Et puis, parfois, c’est le parent qui lâche en premier. Il croit lâcher l’autre alors qu’en fait, il se lâche par la même occasion.

Mais qu’est-ce que c’est exactement que "l’enfant intérieur" ?

Attention, on ne parle pas de véritable enfant que l’on aurait à l’intérieur du ventre. En fait, "l’enfant intérieur" a toujours été là. Depuis la nuit des temps. Que ce soient les mythes, les religions ou les contes de fées, beaucoup de récits ont mis en scène des enfants en danger, qui après s’être cachés, et avoir affronté mille épreuves sont devenus de véritables héros. Il y avait Remus et Romulus jetés aux flots du Tibre, Moïse sauvé des eaux, Zeus menacé d’être dévoré par son père Cronos, le Petit Poucet abandonné dans la forêt… Et peut-être qu’il y a vous, à cinq ans, devant une grille de l’école Jules Ferry, lâchée trop tôt par maman qui devait filer à une réunion, ou peut-être vous, à quatre ans, délaissé à la naissance du petit frère parce que maman n’a que deux bras. Ou vous encore, qui à sept ans, n’avez pas versé une larme à la mort de Whist, votre cochon d’Inde parce qu’il fallait être fort.

Oui, à l’intérieur, nous avons tous, en nous, un enfant brimé, abandonné, malmené, ou réduit au silence par l’adulte que nous sommes. Et cet enfant intérieur, parce qu’il est souvent dans un sale état, on a préféré le laisser à la cave lors du passage à l’âge adulte, pour éviter qu’il ne nous dérange et qu’il ne fasse trop de vagues : "On est grand maintenant, pas question que ces enfantillages ne nous empêchent de vivre !"

La mauvaise nouvelle, c’est qu’avec lui, on a laissé au deuxième sous-sol quelques containers de magie, de joie, de plaisir, des sacs pleins à craquer de créativité, d’intimité dans la relation, mais aussi quelques valises du mystère de la vie. Alors peut-être qu’en ce jour de rentrée, on peut l’entendre aussi comme une invitation à rentrer en soi, et à descendre à la rencontre de son enfant intérieur. Parce que c’est à lui, et seulement à lui, ce matin, qu’il a été difficile de lâcher la main.