Vendanges : "Il y a tout ce qu’il faut pour faire un très grand millésime de champagne"

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Invité d’Europe 1, Charles Duval-Leroy, un des dirigeants de la maison éponyme, se réjouit de la cuvée 2018, une année "extraordinaire" pour le champagne.

INTERVIEW

C’est un signe : cette année, les vendanges ont été extrêmement précoces en Champagne, avec en prime une récolte de raisin hors-norme. Débutées début août, au cœur d’un été caniculaire, elles devraient aboutir, dans les verres, à une cuvée 2018 exceptionnelle. "Pour toute l’appellation, et chez Duval-Leroy en particulier, c’est une très belle année. De mémoire, on n’a jamais vu une aussi belle récolte", se réjouit Charles Duval-Leroy, un des dirigeants de la maison familiale éponyme, invité de l’interview éco d’Emmanuel Duteil, vendredi sur Europe 1.

Écoutez l'interview intégrale de Charles Duval-Leroy à 22h20 dans le journal de la nuit d'Isabelle Millet. Le replay de l'émission est à retrouver ici.

Une bonne nouvelle pour les années à venir. En charge du marketing et des ventes de la prestigieuse maison Duval-Leroy, créée en 1859 et désormais régie par sa mère, il ne voit qu’une seule explication à cette année exceptionnelle : "la météo". "Il a fait très beau toute l’année, avec peu de stress hydrique, et encore moins de gel et de grêle", souligne Charles Duval-Leroy. Résultat, "toutes les grappes sont grosses et belles, il y a du sucre, de l’acidité, il y a tout ce qu’il faut pour faire un très grand millésime". Une qualité extraordinaire "qu’on retrouvera dans quelques années dans les champagnes bruts et pour les millésimes, selon les maisons, dans dix à vingt ans".

Pour toutes les maisons de champagne, ce genre d’année est une bénédiction. En effet, elles permettent de constituer la fameuse "réserve", le surplus de production mis de côté pour parer aux aléas climatiques des années suivantes. "C’est une assurance-vie pour le champagne. Dans les autres vignobles, vous pouvez avoir de grosses fluctuations dans la production et dans les prix d’une année sur l’autre. En Champagne, c’est tous les ans à peu près le même quota", explique Charles Duval-Leroy, en charge d’un vignoble de 200 hectares.

Pas d’envolée des ventes en vue. Pour autant, il n’anticipe pas une forte hausse des ventes grâce à la cuvée 2018. "La tendance est stable. Depuis 2008, il n’y a pas de grande envolée pour le champagne. C’est plus ou moins bon selon les maisons mais de toute façon, chez Duval-Leroy, nous ne sommes pas dans une logique de volume. On ne cherche pas forcément à faire plus, plutôt à faire mieux", avance Charles Duval-Leroy.

Sur ces bouteilles de champagne chères, ce n’est pas le bio qui permet de se démarquer

Le champagne a beau être le vin le plus connu au monde, il est paradoxalement le plus… méconnu. Rien ne ressemble plus à un champagne qu’un autre champagne, Charles Duval-Leroy le reconnaît lui-même. Un paradoxe qui a conduit la maison à vendre différemment ses bouteilles. "Pour mettre en avant notre champagne, on a toute une collection de villages et on les met en avant séparément. On fait des cuvées sur mesure. Quand les grands chefs viennent nous voir, ils choisissent en fonction du village qu’ils préfèrent", explique-t-il.

Le bio et la patte féminine. Autre particularité : la maison Duval-Leroy s’est lancée dans la production d’un champagne brut agricole biologique. Un marché de niche, comme le reconnaît lui-même le dirigeant. "Le bio est environ 30% plus cher à fabriquer. Mais sur ces bouteilles de champagne chères, ce n’est pas le bio qui permet de se démarquer", estime Charles Duval-Leroy. "Est-ce que vous avez envie d’acheter une bouteille bio de Veuve Clicquot, de Roederer, de Bollinger, de Duval-Leroy ? À ce niveau-là, on va chercher une marque, un goût qu’on connaît et pas forcément le bio."

Dans les vignobles champenois, la maison Duval-Leroy se distingue également par la place accordée aux femmes : une directrice, une cheffe de cave depuis 2004 et depuis quelques mois une directrice de vignoble, une première en Champagne. "C’est un trio qui travaille vraiment sur la qualité et la continuité", loue Charles Duval-Leroy. Selon lui, cette patte féminine se retrouve dans la finesse du produit final. "On ne met aucun intrant dans notre champagne, ce qui nous permet d’avoir une bulle beaucoup plus fine. Si vous regardez bien, nos bulles remontent le verre sans jamais se toucher, sans jamais grossir."



Et s’il devait goûter un autre champagne ?

S’il fustige "le gâchis de champagne sur les podiums" sportifs, Charles Duval-Leroy admet apprécier "son côté exubérant". À ce titre, le spécialiste se dit intéressé par la "cuvée spatiale" créée par Pernod-Ricard et Mumm. "Je trouve ça super, c’est le premier champagne qui sera servi dans l’espace. Je ne sais pas s’il va être bon mais je trouve ça assez exceptionnel."