Vendanges : 2013, un très mauvais cru ?

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Vendanges : 2013, un très mauvais cru ?
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ZOOM - Le printemps pourri et les chutes de grêle ont détruit une partie des récoltes et menacent la survie de petits exploitants.

L'info. L'une des pires récoltes depuis 40 ans. Pour les viticulteurs, la saison 2013 est à oublier, et vite. Selon les estimations menées par la filière, à peine 43,5 millions d'hectolitres de vin devraient être produits cette année, contre 45,4 millions en moyenne ces dix dernières années. Après une année 2012 déjà marquée par des récoltes faibles, les vignerons français sont plus que jamais en situation de fragilité.

24.07 Pommard orage

© Maxppp

La météo en cause. Principal responsable de cette mauvaise récolte, le printemps froid et humide qui a touché l'ensemble de la France. En retardant le développement des ceps, la météo a amputé une partie de la production française. "Le moment de la floraison est très important", explique à Europe 1 Jérome Despey, président de la filière viticole pour l'organisme public FranceAgrimer. "C'est lui qui permet ensuite le développement de la grappe. Or cette année, le froid et la pluie ont fait avorter un certain nombre de fleurs. A chaque fois, cela fait des grappes en moins", s'inquiète-t-il. Et comme si cela ne suffisait pas, les chutes de grêle et les orages de cet été ont achevé par endroits de détruire le peu de récolte qui avait survécu.

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Toutes les régions touchées. Cette année, personne n'a été épargné par la météo. Isabelle Saporta, journaliste spécialisée dans les questions de vins, estime que près de 10 % du bordelais ont été affectés par les intempéries, soit 7 à 10.000 hectares sur un total de 100.000. Le constat est le même en Bourgogne, où 1.700 à 2.000 ha sur 30.000 sont inutilisables, avec parfois des parcelles entièrement détruites.

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Partout, les vendanges, qui commencent traditionnellement autour du 15 août, n'ont toujours pas débuté. A Grézillac, près de Bordeaux, Philippe Barreau, petit exploitant, s'attend à ce que la récolte ne débute pas avant le mois d'octobre, et anticipe une saison difficile : "ça va être une très petite récolte, donc nous allons devoir nous concentrer sur le rosé. Il nous reste tout juste quatre hectares pour faire du blanc", constate-t-il.

Très peu d'assurés. Si la situation inquiète autant les vignerons, c'est que nombre d'entre eux ne sont pas assurés : "Les gens ont tellement de mal financièrement qu'ils ne s'assurent pas. Le prix des assurances, c'est environ une récolte tous les cinq ans", explique au micro d'Europe 1 la journaliste viticole. Ce que confirme Jérôme Despey. D'après lui, tout juste 100.000 hectares de vignobles sont assurés en France, sur un total de 800.000, ce alors même que le fonds public d'indemnisation, géré par l'Etat, a vu ses crédits amputés de plus de 40 %, passant de 125 millions d'euros en 2011 à 71 millions cette année.

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vigne viticulteur MAXPPP 930620

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Des exploitants menacés. Et pas question de compter sur une hypothétique déclaration de catastrophe naturelle pour pallier. Selon Isabelle Saporta, l'aide des pouvoirs publics est "épiphénoménale" : "On exonère, la taxe foncière, on allège la TVA, les charges sociales. Mais quand vous perdez 100 % de votre récolte, c'est peu. Surtout qu'il faut continuer à payer les charges, les employés, labourer, préparer l'année suivante, etc. Et quand le terrain a vraiment pris la grêle, on sait que l'année suivante n'est pas bonne non plus…" Dans ces conditions, de nombreux exploitants indépendants pourraient être contraints de mettre la clé sous la porte.