Une mère célibataire expulsée d'un 4m²

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Une mère célibataire expulsée d'un 4m²
La particularité de ce logement, dans lequel cette trentenaire élevait seule son enfant depuis avril 2010, pour 200 euros par mois ? Sa superficie, illégale, de 4m².@ Capture d'écran Facebook
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En pleine trêve hivernale, elle a été expulsée de son logement parisien, au loyer de 200 euros par mois.

>> L'INFO. Une mère célibataire vient d'être expulsée de son appartement du 14e arrondissement parisien, a dénoncé samedi la Fondation Abbé Pierre. La particularité de ce logement, dans lequel cette trentenaire élevait seule son enfant depuis avril 2010, pour 200 euros par mois ? Sa superficie, illégale, de 4m². La propriétaire cumule ainsi les tares, puisqu'il est interdit d'expulser quelqu'un pendant la trêve hivernale et de louer un appartement de moins de 9 m².

"J'ai mis vos affaires à la porte". Après trois mois d'impayés et une plainte de la locataire auprès de la Fondation Abbé Pierre, la propriétaire a décidé d'expulser la jeune, avant de changer la serrure et de déposer ses affaires dans des sacs poubelles dans le couloir de l'immeuble. "La propriétaire a fait changer la serrure mercredi, elle a vidé les affaires de la chambre et elle a mis les affaires dehors. Elle a envoyé un sms en disant : "j'ai changé la serrure, j'ai mis vos affaires à la porte, vous avez 24 heures pour venir les chercher", abonde Patrick Doutreligne, délégué Général de la Fondation Abbé Pierre, sur Europe 1.

"Notre surprise a été de trouver un logement de moins de 4m² qui devrait être interdit de louer. C'est un endroit ou vous mettriez des cartons, des valises, mais sûrement pas une personne et encore moins une femme avec un bébé", poursuit-il. Avec un accord de la police, de nouvelles serrures ont été installées pour que la jeune femme ait un toit, mais elle ne veut plus y retourner, car elle a peur de sa propriétaire. La trentenaire, en attendant, vit avec son oncle, évitant ainsi la vague de froid.

La préfecture alertée depuis juin. La situation de cette mère célibataire était connue depuis le mois de juin 2012 par la Préfecture de police et la Fondation Abbé Pierre. Mais l'arrêté interdisant à la propriétaire de le louer n'est pas encore entré en vigueur. "La préfecture a mis sept mois à réagir après que nous l'avons prévenue", déplore Patrick Doutreligne au Parisien. La propriétaire risque désormais des poursuites pour "hébergement incompatible avec la dignité humaine."

Il y a tout juste trois jours, la Fondation Abbé Pierre avait mis en lumière le cas d'un homme qui avait vécu 17 ans dans un logement de 1,56 m², payant 300 euros par mois. La Fondation estime que 20% des dossiers qu'elle traite concernent des logements inférieurs aux 9 m2 réglementaires. "Il y a un marché de la pauvreté. C'est le reflet d'un marché immobilier ou trop de personnes sont otages de solutions de logements inacceptables", s’insurgeait déjà l'an dernier Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre, cité par l'Expansion, en réaction à la publication à l'époque d'un annonce proposant un 4,5m² à... 38.000 euros.

Le gouvernement s'empare du dossier. Le gouvernement réfléchit à sanctionner d'emblée, sans attendre des procédures judiciaires, les propriétaires indélicats louant des logements à la superficie illégale, a indiqué lundi sa porte-parole Najat Vallaud-Belkacem. Interrogée par RTL sur le cas de la jeune mère expulsée, la ministre a assuré qu'il y aurait "évidemment" des suites judiciaires et a indiqué que le gouvernement réfléchissait à durcir la lutte contre ces abus : "la sanction des propriétaires indélicats pourrait intervenir dès la constatation de l'infraction", avant l'aboutissement des développements judiciaires.