Une deuxième journée de solidarité pour la dépendance : bonne ou mauvaise idée ?

  • A
  • A
Partagez sur :

L’idée évoquée par Emmanuel Macron d’un deuxième jour travaillé non-payé pour financer la dépendance fait débat. Europe 1 a confronté deux points de vue différents.

LE DÉBAT

En plus de 2h30 d’interview, Emmanuel Macron a fait peu de nouvelles annonces dimanche, sur BFMTV et Médiapart. Au milieu des explications sur la politique du gouvernement, le président de la République a tout de même lâché une idée : instaurer une deuxième journée travaillée non-payée (en plus du lundi de Pentecôte) afin de financer la dépendance des personnes âgées. "Est-ce que ça a bien marché la dernière fois ? Je ne suis pas contre, je pense que c'est une piste intéressante, il faut la regarder", a dit le chef de l’État. Une hypothèse qui fait déjà réagir : pour Europe 1, Monique Iborra, députée LREM, et Pascal Champvert, président de l’AD-PA, débattent de la pertinence d’une telle mesure.

Monique Iborra : "Les Français sont prêts à donner plus"

Députée LREM de Haute-Garonne, Monique Iborra a conduit en 2017 une mission parlementaire "flash" sur la situation des Ehpad, dans laquelle elle propose de doubler le ratio d’aides-soignants dans les maisons de retraite.

"La première journée de solidarité a été décidée dans l’urgence après la canicule meurtrière de 2003. Elle a depuis rapporté plus de 30 milliards d’euros. On a peu d’éléments pour juger de l’efficacité de cette journée mais cela montre quand même qu’elle est utile pour financer l’accompagnement des personnes âgées. Le président réfléchit à en ajouter une deuxième : c’est effectivement une piste envisageable.

Si l’hypothèse se concrétise, il faudra convaincre les salariés car une journée non-payée de plus, ce n’est pas rien. Mais je suis convaincue qu’ils y sont favorables. Dans le cadre de ma mission parlementaire, j’ai participé à de nombreuses réunions publiques et je suis sûre d’une chose : les Français ont pleinement conscience de l’urgence d’agir en faveur des personnes âgées dépendantes. Ils sont prêts à donner plus mais à une condition : il faut un retour sur investissement clairement démontré. Le financement de la dépendance doit être absolument transparent.

Que la piste d’une deuxième journée de solidarité soit retenue ou pas, il faudra un débat au Parlement et surtout un débat sociétal. Tous les Français sont concernés et tout le monde sera sollicité pour améliorer la situation de nos aînés. Le fait qu’Emmanuel Macron prenne en considération cette problématique ignorée par les gouvernements précédents est déjà un pas en avant. Ce gouvernement est celui qui dégagera un financement pérenne pour la prise en charge de la dépendance."

Pascal Champvert : "La dépendance ne se réglera pas avec un jour férié non-payé"

Directeur de trois maisons de retraite dans le Val-de-Marne, Pascal Champvert est également président de l’Association nationale des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).


"C’est un point positif que le président de la République parle de la dépendance. Il a compris qu’il faudrait être plus solidaire des personnes âgées fragilisées dans notre pays pour rattraper notre retard en la matière. Mais si on veut mettre en place un financement nouveau, il faut qu’il soit le plus largement accepté par la société française. Or, la suppression d’un deuxième jour férié est contestée par l’ensemble des syndicats. Je ne vois pas bien comment on pourrait mettre en place un financement de solidarité en ayant tous les syndicats à dos.

Deuxième élément, une journée comme le lundi de Pentecôte, ça rapporte environ 1,5 milliard d’euros. Or, ce pour quoi les personnels, les personnes âgées et les familles se sont mobilisées, c’est pour demander qu’on rattrape les retards en nombre de professionnels à domicile ou en établissement et qu’on diminue le prix payé par les personnes âgées et les familles. Cela ne peut pas se régler avec un jour férié non-payé supplémentaire puisque, selon les estimations, il faudrait entre 8 et 15 milliards d’euros. Ce n’est pas un jour qu’il faudrait supprimer, c’est la cinquième semaine de congés payés ! Comme personne n’y songe raisonnablement, il faudra trouver un autre financement pour mieux accompagner les personnes âgées, à domicile comme en établissement.

Par contre, il  ne faut pas oublier que le Conseil économique et social avait été saisi en son temps par Nicolas Sarkozy et qu’il avait donné à l’unanimité un avis positif pour une taxe sur les successions. Cela me paraît être une bien meilleure solution."


Deuxième journée de solidarité : le débat continue sur Europe 1. Pascal Champvert est invité d'Europe Soir lundi. Avec Thibault Lanxade, vice-président du Medef, ils débattront de la pertinence de la mesure. L'émission est à suivre en direct vidéo sur Europe1.fr.