Le boulanger qui travaillait trop devient un enjeu politique

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Le boulanger qui travaillait trop devient un enjeu politique
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POLÉMIQUE - Pour se conformer à la loi, un boulanger de Saint-Paul-lès-Dax est contraint de fermer son commerce un jour par semaine. Un scandale pour plusieurs politiques à droite.

Sept jours par semaine, c'est trop. En quelques heures, Stéphane Cazenave est devenu le héros à défendre à droite. L'histoire de ce boulanger, qui voulait travailler plus, en l'occurrence sept jours sur sept, est, pour plusieurs hommes politiques, le symbole d'une France qu'on empêche de travailler. "Je suis un peu dépassé par tout ce bruit et conscient que mon cas peut-être récupéré politiquement, mais pas fâché que ça puisse ouvrir un débat que je sollicite depuis des mois", a confié l'artisan à Sud-Ouest.

Le boulanger, établi à Saint-Paul-lès-Dax, dans les Landes, a été contraint, après une mise en demeure de l'Inspection du Travail avec risque de saisie du tribunal administratif, de respecter l'obligation de fermer sa boulangerie un jour par semaine. Un arrêté préfectoral de 1999 impose en effet aux boulangeries cette fermeture pendant 24 heures consécutives.

Un entrepreneur en colère. Une décision que le boulanger juge incompréhensible. "Ça marche sept jours sur sept. Du fait de cette fermeture, je vais avoir une grosse perte de chiffres d'affaires et peut être un ou deux licenciements", déplore, au micro d'Europe 1 Stéphane Cazenave, qui emploie aujourd'hui 22 salariés. L'entrepreneur a fait ses comptes : en fermant sa boutique chaque lundi, son chiffre d'affaires va diminuer de 250.000 euros par an.

"Quelqu'un qui devrait travailler, on l'en empêche. Un entrepreneur doit pouvoir ouvrir comme il l'entend", estime le boulanger, qui souligne, au passage, que l'ouverture de sa boulangerie 7 jours sur 7 n'avait aucune conséquence sur les deux jours de repos hebdomadaire de ces salariés.

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La droite vole à son secours. Alain Madelin, François Bayrou, François Fillon, plusieurs politiques de droite sont montés au créneau pour dénoncer cette fermeture hebdomadaire imposée à un entrepreneur. Dans un billet posté sur son blog, l'ancien Premier ministre a apporté "tout son soutien" à Stéphane Cazenave, "dans sa volonté d'être libre de travailler sept jours sur sept", après s'être entretenu avec lui, mardi matin. "Que le travail puisse dans notre pays être considéré comme un délit et la passion d'un artisan ainsi bridée doit nous alerter sur l'absurdité de notre système", écrit François Fillon.

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© AFP

Même soutien du président du MoDem, François Bayrou, qui demande qu'"on laisse travailler ceux qui ont envie de travailler". Face aux artisans et commerçants, "il y a très souvent des abus de cet ordre (…) "On a l'impression que la volonté de créer, de faire naître des emplois nouveaux est mal vue en France, et sanctionnée", déplore le maire de Pau.

Le Foll parle "d'utilisation politicienne". Face à ce début de polémique, Stéphane Le Foll a fustigé l'utilisation politicienne et jugé "complètement déplacé" le "débat politicien" autour de cette affaire. "Je rappelle qu'il s'agit d'un arrêté de 1999 et qu'à l'époque ces arrêtés sont pris après négociation, discussion avec les professionnels, donc de la boulangerie, pour trouver des accords nécessaires et les équilibres nécessaires", a souligné le porte-parole du gouvernement.

De son côté, la confédération des boulangers a réitéré son attachement à ce jour chômé. "Nous sommes attachés à ces arrêtés préfectoraux" qui déterminent les jours de fermeture des boulangeries, "ce n'est pas pour empêcher les gens de travailler mais c'est pour trouver des équilibres, promouvoir la qualité des produits", a réagi Jean-Pierre Crouzet, président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie.