Travail de nuit : ça ne sent pas très bon pour Marionnaud

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Travail de nuit : ça ne sent pas très bon pour Marionnaud
Alors que la justice vient de confirmer l'interdiction, pour Sephora, d'ouvrir son magasin des Champs-Elysées au-delà de 21 heures, son concurrent Marionnaud, qui rouvre vendredi son magasin sur la même avenue après cinq mois de travaux, a annoncé qu'il souhaitait de son côté ouvrir jusqu'à minuit.@ MaxPPP
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DÉCRYPTAGE - Alors que Sephora vient d'être condamné, son concurrent rouvre un magasin sur les Champs-Élysées, jusqu'à minuit.

L'INFO. À partir de vendredi, les promeneurs nocturnes des Champs-Élysées pourront de nouveau acheter du parfum. Le magasin Marionnaud de la "plus belle avenue du monde" va en effet rouvrir, après cinq mois de travaux. Et son PDG a d'ores et déjà annoncé qu'il allait conserver les mêmes horaires qu'avant la fermeture, c'est-à-dire de 10h à minuit. Le hic : la justice vient tout juste de confirmer l'interdiction, pour Sephora, d'ouvrir son magasin après 21h. Et, contactée par Europe1.fr, l'intersyndicale parisienne (CLIC-P), qui a obtenu la fermeture de Sephora, est bien décidée à épingler à son tour Marionnaud. Contacté également, Sephora n'a pas encore fait part de sa réaction.

>> Marionnaud a-t-il le droit d'ouvrir après 21h, contrairement à Sephora ? Si le groupe a des arguments différents de ses concurrents, pas sûr que la justice l'y autorise. Décryptage.

Un accord unanime chez Marionnaud. Ouvrir jusqu'à minuit est contraire à la législation du travail de nuit, sauf dérogation. Et pour obtenir une dérogation, il faut un accord unanime des salariés. "Nous avons un accord, c'est important de le dire. Toutes les organisations syndicales l'ont signé, y compris la CGT", se défend William Koeberlé, le PDG de Marionnaud, contacté par Europe1. Pour négocier son accord, le groupe a concédé toute une série de mesures aux salariés. Le travail de nuit se fait sur la base du volontariat, le salaire horaire est majoré de 25% après 21 heures et les employés, n'ayant pas à ranger les rayons, rentrent en taxi dès la fermeture, à minuit. Des mesures qui ont convaincu tous les syndicats, contrairement à chez Séphora, où il n'y avait pas eu l'accord de la CGT.

Marionnaud Sephora

© Anne-Laure Jumet/Europe1

"Une provocation", répond CLIC-P. Pour l'intersyndicale parisienne, accord ou pas accord, il est illégal de faire travailler ses salariés la nuit. "Marionnaud fait de la provocation pure et simple. Il va être hors la loi et il communique même dessus !", tacle ainsi Karl Ghazi, secrétaire générale de la CGT des commerces de Paris et membre de Clic-P, contacté par Europe1.fr. "Même avec un accord salarial, il est interdit de travailler la nuit, sauf si c'est indispensable à l'activité (dans un hôtel, une clinique etc.) ou si c'est nécessaire socialement (dans un centre d'accueil de SDF par exemple). S'il est avéré que des salariés y travaillent après 21h, nous l'attaquerons", argue-t-il. "Nous ferons la même chose que pour Sephora. Si Marionnaud ne respecte pas la loi, nous irons en référé devant le tribunal", menace de son côté Eric Scherrer (Seci-Unsa, ex CFTC), aussi membre de Clic-P.  

"Travailler la nuit est mauvais pour la santé et entraîne des contraintes que tous les salariés ne peuvent pas surmonter, comme la garde d'enfants par exemple", se défend Karl Ghazi. Et d'enchaîner : "cela risque également d'entraîner des filtres à l'embauche. Si un candidat ne peut pas travailler la nuit, il pourrait ne plus être embauché".
Sephora devra désormais fermer ses portes à 21h

© Maxppp

Pourquoi Marionnaud a (d'infimes) chances de gagner. La question est épineuse et les deux camps ont leur chance, même si la balance penche du côté de l'intersyndicale. Selon l'article L3122-33 du code du Travail, une dérogation est certes possible en cas d'accord salarial. Mais pour que la dérogation soit envisageable, il faut que le recours au travail de nuit soit justifié par "la nécessité d'assurer la continuité de l'activité économique ou des services d'utilité sociale", comme le dit la CGT. Or, pour Marionnaud, c'est le cas de son activité. "Nous faisons plus de 20% de notre chiffre d'affaires après 22h. Et les trois quarts des clients sont des touristes. Si on veut continuer de les faire venir à Paris, il faut ouvrir. Nous avons embauché 40 personnes de plus pour ça", se défend le PDG.

Pour Jean-Emmanuel Ray, juriste spécialiste du droit du travail, contacté par Europe1.fr, l'argument de Marionnaud peut être défendu. "Ils peuvent jouer sur le fait que les Tour operator commencent à envoyer les touristes à Londres pour aller faire les magasins. Et puis le juge risque d'être bien embarrassé lorsqu'il va voir que les syndicats sont unanimes", explique l'expert. Mais malgré cela, le juriste n'est pas vraiment optimiste pour Marionnaud : "il n'est quand même pas très bien barré. Pour Sephora, les juges n'ont pas vraiment cherché à savoir s'il y avait un accord syndical ou pas. Ils ont jugé que l'activité de Sephora ne nécessitait pas d'ouvrir la nuit, c'est tout. Cela risque donc d'arriver à son concurrent".