Taxis contre VTC : pourquoi le conflit n'en finit pas

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Taxis contre VTC : pourquoi le conflit n'en finit pas
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TRANSPORT - Les taxis sont repartis en guerre contre les VTC, cette semaine à Toulouse, en dépit de la promesse du gouvernement de mettre en place un fonds pour racheter les licences.

Comme un air de déjà-vu. Mardi, plusieurs centaines de taxis ont bloqué l'accès à l'aéroport de Toulouse, perturbant la circulation automobile et paralysant certains transports en commun. Une énième action pour protester contre la concurrence des véhicules de transport avec chauffeur (VTC).

La dernière carte du gouvernement. Pourtant, la profession avait été reçue, lundi, par le secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies. Et le gouvernement a abattu ce qui semble être sa dernière carte. Il propose en effet de racheter une partie des licences des taxis via un fonds de garantie. "Les titulaires actuels d'une autorisation de stationnement [ADS, équivalent de ce que l'on appelle communément licence] cessible et acquise à titre onéreux auront la possibilité, et non l'obligation, de faire appel au fonds de garantie dans des conditions à déterminer", indique le secrétariat d'Etat. "Le rachat des ADS aboutira à leur retrait du marché."

Le business des licences. Cette mesure répond à l'un des principaux griefs des taxis contre les VTC : les premiers doivent obligatoirement posséder une licence, généralement payée au prix fort (jusqu'à 250.000 euros à Paris), pour exercer leur profession, quand les seconds en sont exonérés. Cette flambée des prix est le résultat d'une spéculation, amorcée par les taxis eux-mêmes (les pouvoirs publics cèdent les licences à titre gracieux) mais entretenue par l'Etat, qui contrôle étroitement le numerus clausus, c'est-à-dire la limitation du nombre de taxis total en exercice.

Eviter toute concurrence déloyale. La disparition des licences apparaît comme un moyen de rapprocher les professions de taxi et de VTC et d'éviter toute concurrence déloyale. Mais leur suppression pure et simple est impossible : cela pénaliserait fortement les chauffeurs de taxi qui se sont endettés pour acquérir une autorisation de stationnement, et comptent sur sa revente pour assurer leur retraite. Dès lors, leur rachat était l'une des solutions préconisées pour sortir de l'impasse. Dans une étude publiée en mars dernier, le think tank Terra Nova écrivait même que c'était la condition sine qua non d'une "remise à plat du secteur".

De nouvelles concertations en juin. Certains syndicats de taxi se sont d'ailleurs dits satisfaits de l'annonce du gouvernement. "Globalement, cette feuille de route rentre dans les revendications des chauffeurs de taxi", a reconnu Nordine Dahmane, représentant FO-taxis. Mais pour d'autres, il manque encore le principal. "Nous voulions du concret, nous ne voulions pas une réunion reportée au mois de juin", a regretté Stéphane Abeilhou, porte-parole de l'Association de défense des taxis toulousains.

Nous voulions du concret, nous ne voulions pas une réunion reportée au mois de juin.

Les modalités de fonctionnement précises du fonds de rachat seront en effet décidées à l'été. Si l'Etat, suivant les préconisations de Terra nova, a d'ores et déjà décidé que celui-ci "se fera[it] à un prix basé sur le prix d'acquisition" des licences, et non leur prix actuel, il reste à savoir qui abondera le fonds. Le secteur doit être mis à contribution, via une cotisation mensuelle par exemple, mais les centrales de réservation de taxi, ainsi que les plateformes de VTC, devraient aussi mettre la main au porte-monnaie.

"La fin du système VTC". Au-delà des désaccords de calendrier, certains taxis fustigent des propositions gouvernementales qui ne vont pas assez loin. "Ce n'est pas du tout ce qu'on avait demandé", a réagi Ibrahima Sylla, président des Taxis de France, mardi sur France Info. Lui rejoint Stéphane Abeilhou, qui réclame "la fin du système VTC", encore et toujours considéré comme de la concurrence déloyale. Et ce, alors même que le tribunal de commerce de Nanterre a estimé le contraire, lundi, en rejetant plusieurs demandes de taxis contre le géant des VTC, Uber.

Un nouveau front côté VTC ? En dépit du geste du gouvernement, le désaccord reste donc très vif. A tel point qu'Ibrahima Sylla a même menacé de "prendre l'Euro [de football] en otage" en bloquant les villes qui accueilleront la compétition au mois de juin. Mais l'exécutif pourrait aussi devoir faire face à la colère de l'autre camp, celui des VTC. Ces derniers voient en effet d'un très mauvais œil la possibilité d'être mis à contribution pour aider au rachat des licences de taxi. Et ils ont déjà prouvé, pas plus tard que le mois dernier, qu'ils étaient capables d'organiser des opérations escargots dignes de celles des taxis.