Taxes américaines sur l’acier et l’aluminium : quelles conséquences pour l’Union européenne ?

  • A
  • A
Taxes américaines sur l’acier et l’aluminium : quelles conséquences pour l’Union européenne ?
La commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström demande à Donald Trump d'exempter l'UE de sanctions.@ AFP / Montage Europe 1
Partagez sur :

L’Union européenne est particulièrement visée par les taxes douanières décidées par Donald Trump. La Commission espère une exemption et ne s’inquiète pas outre-mesure.

ON DÉCRYPTE

Donald Trump a donc mis sa menace à exécution. Le président américain a signé jeudi soir deux documents instaurant des taxes douanières de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium. "L'industrie américaine de l'acier et de l'aluminium a été dévastée par des pratiques commerciales étrangères agressives", a fait valoir Donald Trump, en les qualifiant "d'agressions" contre les États-Unis. Ces sanctions commerciales, prononcées au nom de la "défense nationale" vont entrer en vigueur dans 15 jours. L’Union européenne est notamment dans le viseur de l'administration américaine.

Quels pays sont concernés par les sanctions ?

Les taxes sur l'acier et l'aluminium ne s'appliqueront pas "pour le moment" au Canada, premier partenaire commercial et premier fournisseur d'acier et d'aluminium des Etats-Unis, ni au Mexique. A eux deux, ils représentent un quart des importations américaines d’acier. Le sort qui sera réservé à ces deux pays frontaliers sur le moyen terme dépendra en particulier de l'issue des négociations en cours sur l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna).

Hormis ces deux exceptions, la centaine de fournisseurs d’acier d’aluminium des États-Unis sont frappés par les sanctions. La Chine, 11ème partenaire des États-Unis sur l’acier et 4ème sur l’aluminium, réputée pour ses pratiques de dumping, est évidemment dans le viseur. L’ogre asiatique est déjà concerné par 24 "remèdes commerciaux" de l’OMC (mesures antidumping, taxes), sur demande des États-Unis, plus que tout autre pays. Mais l’Union européenne occupe aussi une belle place dans la liste des griefs de Donald Trump.

Que peut craindre l’Union européenne ?

Lors de l’annonce des taxes, le président américain a régulièrement pointé du doigt l'Allemagne sur la question des échanges mais aussi de ses dépenses en matière de défense au sein de l'Otan. Plus largement, il concentre ses reproches sur l’Union européenne. "Ils font en sorte que ce soit pratiquement impossible pour nous de faire des affaires avec eux et pourtant eux ils envoient leurs voitures et tout le reste aux États-Unis", avait déclaré Donald Trump mardi. "L'Union Européenne ne nous a pas bien traités. Et ça a été une situation commerciale très, très injuste", a-t-il ajouté.

Toutefois, rien n’est gravé dans le marbre. La Maison-Blanche a précisé que tous les pays concernés pourraient négocier, eux aussi, une éventuelle exemption. "Nous allons faire preuve de beaucoup de flexibilité", a assuré Donald Trump. Il n’est donc pas exclu que l’Union européenne parvienne à négocier avec l’administration américaine pour contourner les droits de douane.

Quelles sont les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis ?

L’Allemagne représente 3% des importations américaines d’acier et la France moins de 1%. Loin des 16% du Canada (premier fournisseur des États-Unis), du Brésil (13%) de la Corée du Sud (10%) ou encore de la Russie et du Mexique (9%). En volume, l’Union européenne n’est donc pas vraiment un partenaire majeure des États-Unis. En revanche, en valeur, la part de l’UE grimpe considérablement, à 28% (cinq milliards d'euros d'acier et un milliard d'euros d'aluminium).

Acier taxes

La raison est simple : là où des pays comme l’Inde et le Mexique exportent de l’acier brut, l’industrie européenne fournit de l’acier transformé, à forte valeur ajoutée. Les pertes potentielles ne sont donc pas à chercher au niveau des débouchés mais plutôt des revenus : les droits de douane de Donald Trump pourraient coûter 2,8 milliards d'euros à l’UE, selon les calculs de la Commission.

Quelle est la position de l’UE ?

La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a estimé jeudi soir que "l'UE devrait être exemptée" des taxes douanières sur l'acier et l'aluminium imposées par Donald Trump. "L'UE est un allié proche des Etats-Unis et nous continuons de penser que nous devrions être exemptés de ces mesures", a-t-elle tweeté. "Je vais demander plus de clarté sur cette question dans les jours à venir", a-t-elle ajouté, alors qu'une rencontre est prévue samedi à Bruxelles avec le représentant au Commerce des Etats-Unis. "Le dialogue est toujours la première option pour l'Union européenne", a martelé la commissaire. "Nous voyons avec inquiétude la hausse des droits de douane sur certains produits", a dit Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Munich, jugeant que "le mieux serait que nous soyons exemptés".

Dans le doute, l'UE prépare déjà des mesures de rétorsion à ces droits de douane, comme la taxation de produits américains emblématiques (produits industriels,  beurre de cacahuète, jus d'orange et bourbon). "Une liste provisoire est en discussion" et sera "bientôt rendue publique", a indiqué Cecilia Malmström. L’UE envisage aussi de déposer une plainte devant l'Organisation mondiale du commerce.

Quid de la France ?

Dans l'absolu, la France est assez peu impactée par les taxes douanières de Donald Trump. En effet, nous ne produisons quasiment pas d'aluminium et nous ne sommes que le 14ème producteur mondial d'acier avec 15 millions de tonnes chaque année. Mais 2% seulement partent aux États-Unis. Le vrai risque pour la métallurgie française, c'est que l'acier qui ne sera plus vendu aux États-Unis soit vendu ailleurs, faisant ainsi grimper l'offre globale et sans doute baisser les prix.

La France "regrette" les annonces de Donald Trump, a annoncé le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. "Une guerre commerciale ne fera que des perdants. Avec nos partenaires européens, nous allons évaluer les conséquences sur nos industries et les réponses à apporter." "Notre réaction ne peut être que collective", a-t-il insisté quelques heures plus tard devant des journalistes.