SNCF : au fait, pourquoi les cheminots font grève ?

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SNCF : au fait, pourquoi les cheminots font grève ?
A une semaine de l'examen par l'Assemblée nationale du projet de réforme ferroviaire, quatre syndicats de cheminots appellent à une grève nationale reconductible.@ Reuters
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LE POURQUOI DU COMMENT - Près d'un tiers des cheminots était en grève mercredi, contre la réforme ferroviaire. La quoi ?

La réforme du système ferroviaire est "indispensable" et vise à "sauver le rail", a plaidé mardi Frédéric Cuvillier, le secrétaire d'Etat aux Transports. Pourtant, si "indispensable" soit elle, la loi, débattue à l'Assemblée à partir du 17 juin, est loin de faire l'unanimité. Quatre syndicats de cheminots ont donc lancé une grève nationale reconductible : la CGT et Sud-Rail, premier et troisième syndicat, ont été rejoints par FO et First. En fin de matinée, la direction a annoncé que 27,84% des cheminots étaient en grève. Mais que reprochent-ils à la réforme ? 

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Les 182 rames TER Regiolis d'Alstom et les 159 Regio 2N de Bombardier, qui vont entrer en service progressivement jusqu'à fin 2016, sont plus larges que leurs prédécesseurs, et vont donc nécessiter de raboter certains quais, de façon plus ou moins importante, ont confirmé à l'AFP la SNCF et RFF.

© MAX PPP

Ce que prévoit la réforme. La loi, qui doit en principe être appliquée le 1er janvier 2015, prévoit de réunir la SNCF et les Réseaux Ferrés de France (RFF). Les deux organismes, qui n'en faisaient qu'un à l'origine, avaient été scindés en deux en 1997. La réforme ne prévoit pas des recréer la même entité : elle prévoit plutôt de créer trois établissements à caractère industriel et commercial, dits Epic. SNCF Réseau et SNCF Mobilités, qui reprendront les attributions de RFF et de la SNCF, seront ainsi supervisés par un troisième Epic, chargé de coordonner l'ensemble. Le but affiché : rationaliser les dépenses, afin d'engorger une dette du ferroviaire qui s'élève à l'heure actuelle à 40 milliards d'euros.

La réforme doit, également, permettre d'éviter des erreurs de communication telle que la commande de trains trop larges par rapport aux quais, comme cela avait été révélé par Le Canard enchaîné le mois dernier. La SNCF avait alors commandé des trains trop petits, se basant sur les mesures communiquées par RFF.

"On peut attendre de cette loi le redressement des qualités de service, l’efficacité du système, l’orientation raisonnée des investissements, la logique de programmation sera plus pertinente, l’amélioration de la performance économique et la maîtrise de la dette", avait ainsi défendu un rapport parlementaire sur la réforme publié au moment de la polémique.

"UN MONSTRE A TROIS TÊTE" 
cheminots SNCF

© Europe 1

Ce que lui reprochent les syndicats. Pour les syndicats contestataires, le projet ne règle en rien le problème de l'endettement, de sécurité et ne va pas assez loin dans la réunification des deux entreprises. Pour la CGT, "rien ne relient les trois Epic, ni économiquement, ni socialement, ni techniquement". "Chaque Epic passerait indépendamment des contrats avec l'Etat, serait maître de ses recrutements, aurait son propre conseil d'administration, son propre Comité central d'entreprise", regrette ainsi le syndicat dans L'Humanité. Les syndicats contestataires réclament ainsi un conseil d'administration unique et un comité central d'entreprise pour tout le système ferroviaire public, ainsi qu'une entité juridique à part qui traiterait de la dette.

Mais ce qui inquiète surtout les syndicats, c'est la mission à long terme donnée à ce "monstre à trois têtes", dixit la CGT et Sud-Rail. Car la nouvelle entité devra également préparer l'entreprise à la future ouverture à la concurrence, prévue pour 2019 ou 2022. Et les cheminots redoutent que le "monstre à trois têtes" ne soit que le prémisse à la libéralisation du système ferroviaire. D'où leur plaidoyer pour une entité unique forte, et publique, seul moyen selon eux d'assurer la sécurité des passagers, "la réhumanisation des gares et des trains" et "des conditions sociales de vie et de travail de haut niveau".

"LES DURS, LES ANCIENS, REPRENNENT LA MAIN" 
Grève à la SNCF le 11 juin 2014 - illustration

© REUTERS

Reste que le front social est divisé. À la mi-journée, "seulement" un tiers des cheminots était en grève. La participation enregistrée à 10h30 est de 27,84%", selon la direction de la SNCF. C'est davantage qu'en décembre (23,7%) mais moins qu'en juin dernier (33,2%) à la même heure. "On est loin du pari annoncé des deux syndicats d'avoir 50% des grévistes", a estimé François Nogué, DRH du groupe SNCF.

Et pour cause : l'Unsa, deuxième syndicat, a décidé de ne pas se joindre à la grève du 11 juin afin de privilégier "un dialogue constructif" jusqu'à la rencontre avec le secrétaire d'Etat aux Transports, prévue le 12 juin. "On tirera la conclusion le soir du 12 juin", a assuré son secrétaire général adjoint Roger Dillenseger. "Nous espérons sortir du dialogue par le haut", a-t-il ajouté. La CFDT, quatrième syndicat, a également refusé de s'associer à la grève. Elle dénonce une "mise en scène visant à faire croire que ce rapport de force programmé serait à l'origine des avancées sociales déjà négociées par la CFDT".

Et selon un expert des rapports sociaux à la SNCF cité par Le Parisien, si Sud et la CGT montrent tant les muscles, c'est aussi par "besoin". "Ils ont perdu des voix lors des dernières élections professionnelles. Et la CGT est en train de se radicaliser. Les durs, les anciens, reprennent la main", analyse ce spécialiste.

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