Siemens - Alstom : les détails d'un mariage de raison

Pendant quatre ans, le nouvel ensemble Siemens - Alstom  devra garder un nombre similaire d'employés
Pendant quatre ans, le nouvel ensemble Siemens - Alstom devra garder un nombre similaire d'employés © SEBASTIEN BOZON / AFP
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Emmanuel Duteil, édité par A.D
Les deux groupes complémentaires fusionnent, a priori en ayant chacun posé des garde-fous, afin de créer un géant du rail européen.

Le mariage européen est bel et bien acté. Le Français Alstom et l'Allemand Siemens vont fusionner leurs activités ferroviaires. La nouvelle est tombée tard mardi. Officiellement, il s'agit d'une alliance d'égal à égal. Mais dans les faits, c'est bien Siemens qui avale Alstom.

50% du capital cédé aux Allemands. Car Siemens va entrer au capital d'Alstom à hauteur de 50%. Le TGV français passe donc sous pavillon allemand. On sait déjà que le nom du nouvel ensemble sera Siemens - Alstom et que le logo s'inspirera plus du puzzle d'Alstom. Si l'on passe le film des événements, les discussions ont débuté au printemps. Tout est allé ensuite assez vite. "Siemens était notre premier choix", dit-on dans l’entourage de la direction d’Alstom. L'opération a été surveillée de près par les pouvoirs publics et notamment par Emmanuel Macron. Le but : créer un géant capable de concurrencer le numéro 1 mondial qui est chinois.

Les deux groupes sont complémentaires d'un point de vue géographique et d'un point de vue métier : Alstom est très en pointe sur le matériel roulant et Siemens sur ce qui permet de faire rouler un train. En d'autres termes, c'est un vrai mariage de raison, beaucoup moins d'amour : les deux groupes aux cultures très différentes avaient plutôt appris ces dernières années à se détester.

Un patron et un siège français. A l'Elysée, on pense avoir préservé les intérêts français. Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on parle même d’un bon deal. Concrètement, le patron va être français, ce sera Henri Poupart-Lafarge à la tête déjà d’Alstom. Le siège sera également en France tout comme la cotation en bourse. Il y aura une sorte de système de majorité qui fait que les Allemands ne pourront, pas par exemple, débarquer seuls le patron de l'entreprise. En revanche, l'Etat français ne sera pas actionnaire mais il est certain d'avoir des moyens de pression, notamment parce qu'il est le premier client et que cet argument suffit pour faire pression.

L'emploi sécurisé pour 4 ans. Reste une crainte : celle de l'emploi. A compter du moment où l'opération sera finalisée, c'est-à-dire à la fin de l'année prochaine, pendant quatre ans, le nouvel ensemble devra garder un nombre similaire d'employés. Et surtout, le nouvel ensemble aura interdiction de fermer un site industriel en Allemagne ou en France. Les centres de recherche et développement français vont aussi devoir être maintenus. Cet engagement est obligatoire sauf si bien sûr le marché du nouveau groupe s’effondre dans les années à venir. Chez Alstom, on se dit confiant, on est sur un marché en croissance et on espère au contraire créer de l'emploi.