Séquestré plusieurs fois, un patron raconte

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Alexis Toulon , modifié à
TEMOIGNAGE - Comme les cadres de Goodyear, cet ancien PDG a été pris en otage par ses employés. Il raconte ce qu'il compare à "la prison". 

Deux cadres de l'usine Goodyear d’Amiens ont été séquestrés par des employés pendant 30 heures. Ils sont finalement sortis mardi, escortés par la police, sous les sifflets des grévistes. Une situation extrême que décrit à Europe1.fr un ancien dirigeant d’un groupe international, séquestré plusieurs fois. Entre stress extrême pour le patron et désespoir des salariés, la séquestration est une moment terrible et complexe pour toutes les parties prenantes.

"Il m’est arrivé de me rendre à l’usine en sachant que j’allais être séquestré, c’était mon choix d’y aller", se souvient cet ancien dirigeant, qui a mené de nombreux plans de restructuration dans un secteur en crise. Son histoire de patron est celle d’un homme qui, pour éviter la disparition totale d’une entreprise et de ses emplois a été contraint de supprimer des usines, entraînant une casse sociale très importante.

"J’ai été séquestré plusieurs fois", confie l’homme, qui préfère conserver l’anonymat. Fort de cette expérience, il assure, aujourd’hui avec le recul, que "chaque séquestration est unique", qu’il faut "penser au contexte" et que "patrons et syndicats ne sont pas forcément des ennemis". D’ailleurs, il est arrivé que la séquestration se passe en douceur. "Les salariés vous disent qu’ils sont désolés, qu’il faut que la presse parle d’eux, que les actionnaires fassent quelque chose", raconte l’ancien patron, qui se souvient du désarroi de ces travailleurs. "On voit des gens désespérés, en grande difficulté, des familles martyrisées, ça laisse des traces. Les patrons ne sont pas insensibles, c’est la misère humaine qui nous hante".

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"Mais la médiatisation pousse souvent à la radicalisation", prévient l’ex-patron. Et les séquestrations peuvent se montrer extrêmement violentes. "On est comme en prison, sans lacets et ceinture, humilié car surveillé quand on va aux toilettes, on se fait cracher dessus, on prend des coups. Certains parlent de ‘garde-à-vue républicaine’". La violence est telle qu’il est arrivé que les syndicats mettent en place un véritable service d’ordre pour le protéger. Il y existe toutefois une constante dans toutes les séquestrations : la privation de liberté et la fatigue. "Il est déjà arrivé que les forces de l’ordre interviennent pour m’exfiltrer", souligne tristement l’ex-patron.

"Toutefois, la séquestration ne doit pas empêcher le dialogue social", martèle l’ancien dirigeant. Les séquestrations s’organisent sans l’aval des directions syndicales et elles poussent à trouver une solution au conflit. "Au bout de 48 heures, il y a de gros risques juridiques pour le syndicat", cela pousse à l’ouverture des discussions assure l’ancien dirigeant. "On peut également porter plainte, même si dans les faits c’est plutôt rare. Toutefois, la promesse d’abandonner sa plainte est aussi une manière de pousser au dialogue", détaille l’ex-patron. "Ce qui joue le plus, c’est la générosité des plans que l’on propose". Il y a toutefois plusieurs contraintes : en tant que patron salarié, il n’avait pas toujours toute latitude dans les discussions, le centre décisionnaire étant trop loin et la loi limite ce qui peut être dit. "C’est ce manque de transparence qui peut mettre le feu aux poudres", explique l’ex-patron.

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Comment a-t-il réussi à tourner la page ? Il a su se remettre en selle rapidement et profiter de l’aide apportée par l’entreprise. Et même s’il reconnaît que la séquestration a parfois permis le dialogue, il rappelle qu’elle reste hors-la-loi et ne cache pas sa crainte qu’un jour, cette action extrême ne se termine par un drame.

Se préparer à être séquestré, c’est possible. Dans les grands groupes, il existe des coachs qui préparent à ce type de situation, des cycles de formation. "En cas de bossnapping, c’est qu’il y a eu échec dans le dialogue entre les partenaires sociaux et les dirigeants, il faut prévenir ces situations en assurant des échanges réguliers", décrypte auprès d’Europe1.fr Arnaud Dupui-Castérés, président de Vae Solis, un cabinet de conseil en communication.  

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