Sephora : "le travail de nuit porte atteinte à la santé"

Le Sephora des Champs-Elysées devra désormais fermer ses portes avant 21h.
Le Sephora des Champs-Elysées devra désormais fermer ses portes avant 21h. © Maxppp
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Elodie Huchard avec , modifié à
VOTRE CHOIX D'ACTU DU 24 SEPTEMBRE - Trois questions à Karl Ghazi, de la CGT Commerce Paris, opposé au travail de nuit.

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L’INFO. La Cour d’appel de Paris a décidé lundi que le magasin Sephora des Champs-Elysées devrait désormais fermer ses portes à 21h sous peine d’une amende de 80.000 euros par jour. A l’origine de cette procédure judiciaire, l’intersyndicale Clic-P a poursuivi l’enseigne de parfumerie, propriété du groupe LVMH. Clic-P se bat depuis plusieurs années contre le travail de nuit à Paris, souvent contre l’avis même des employés des magasins.

>>> Karl Ghazi, secrétaire général de la CGT Commerce Paris, membre de Clic-P, explique la position des syndicats suite à leur victoire contre Sephora.

Europe1 : Pourquoi êtes-vous allé à l'encontre des salariés qui souhaitaient travailler jusqu'à minuit ?

Karl Ghazi : La réglementation du travail de nuit date du XIXème siècle et de la dernière loi de 2001. Cette ancienneté n'autorise pas pour autant les entreprises à violer la loi. Nous faisons face à un phénomène général, ce n'est pas que chez Sephora, c'est l'ensemble des grandes chaînes de distribution qui tendent à faire travailler les salariés de plus en plus tard. Progressivement, nous allons vers le sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Si le problème se pose, c'est parce que les magasins sont en train d'imposer un fait accompli sur lequel il sera très difficile de revenir. Or, si le travail de nuit est réglementé, c'est parce qu'il porte atteinte à la santé et à la sécurité des travailleurs. Les études, nombreuses et concordantes, prouvent que quand on travaille de nuit, on a trois à quatre ans de durée de vie en moins et un accroissement de risques graves comme le cancer de la prostate ou le cancer du sein. Le jeu en vaut-il la chandelle, c'est ça la véritable question.

E1 : Pourquoi empêcher des volontaires de travailler, surtout les étudiants et les femmes seules par exemple, qui ont besoin de travail?

Sephora pourra ouvrir ses portes au-delà de 21 heures.

K.G. : Sephora a réussi son coup en transformant cette affaire de santé publique en une affaire de syndicat contre salariés, comme si les syndicats étaient extérieurs aux salariés. S'il y a des syndicats chez Sephora, c'est bien parce qu'il y a des salariés qui sont syndiqués.

Lorsque des salariés dans une entreprise lui permettent d'ouvrir de plus en plus tard, de fait, ils entraînent derrière eux l'ensemble de la concurrence. Si Sephora ouvre, forcément Marionnaud doit ouvrir, les grands magasins doivent suivre, sinon ils perdent des parts de marché. Ce ne sont plus uniquement les volontaires qui sont concernés. Par le jeu de la concurrence, c'est l'ensemble des commerces. Cette chaîne ne s'arrête pas au commerce, car si les magasins sont ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, il va falloir organiser les transports, les crèches, les services financiers.

E1 : Comment faire pour les autres professions qui travaillent de nuit comme les restaurateurs?

K.G. : Les services publics sont nécessaires pour assurer une continuité sociale et économiques, il faut les conserver la nuit. Mais il y a deux principes qui entrent en contradiction. Un principe de santé publique et les questions liées à des commodités. Évidemment on peut lancer des slogans simplistes "les syndicats empêchent les volontaires de travailler" mais les syndicats ne sont pas masochistes et n'ont pas envie d'embêter les salariés.

Il y a des activités dont le code du travail prévoit qu'elles puissent s’exercer la nuit parce que c'est une nécessité soit sociale soit économique absolue. On ne peut évidemment pas éteindre un haut fourneau la nuit, on ne peut évidemment pas empêcher les hôtels d'embaucher des gens la nuit, sinon les hôtels n'auraient plus de raison d'exister. Il faut trouver un juste équilibre entre des impératifs de santé et des impératifs économiques. Mais en aucun cas nous pensons que l'impératif économique est celui qui doit primer sur la santé des salariés.