Salaire des patrons : Renault fait un (petit) geste

  • A
  • A
Salaire des patrons : Renault fait un (petit) geste
@ ERIC PIERMONT / AFP
Partagez sur :

ARGENT - Le constructeur automobile était pointé du doigt pour ne pas avoir respecté le vote de ses actionnaires sur la rémunération de Carlos Ghosn.

Renault espère tourner la page. Trois mois après la polémique sur le salaire de son PDG Carlos Ghosn, la marque au losange a annoncé mercredi avoir revu à la baisse une partie de cette rémunération. Cette dernière sera désormais "plus simple, plus transparente et plus lisible", a assuré le constructeur automobile, qui espère surtout redorer le blason de son patron.

Quand Renault ignore ses actionnaires. L’annonce faite par Renault mercredi est une réponse à la polémique qui avait éclaté fin avril. Réunis en assemblée générale, les actionnaires du groupe avaient alors voté contre la rémunération de Carlos Ghosn et provoqué un mini-séisme : c’était la première fois en France que des actionnaires se rebellaient depuis l’adoption d’une loi leur donnant plus de pouvoir.

Mais au lieu de prendre en compte ce veto, la direction de Renault avait alors décidé de ne rien changer et de maintenir les 7,25 millions d’euros promis à son PDG (en plus des 9 millions versés par Nissan). Les réactions outrées n’avaient pas tardé, poussant le gouvernement à menacer de légiférer sur le sujet pour rendre l’avis des actionnaires contraignant.

Un salaire finalement revu à la baisse. Trois mois plus tard, Renault a donc décidé de rectifier le tir en annonçant une réduction de 20% de la part variable du salaire du PDG pour 2016. Cette dernière sera ramenée "de 150% à 120% du salaire fixe", a précisé le conseil d’administration du constructeur.

Mais que représente cette annonce ? Un geste plus symbolique qu’autre chose lorsqu’on regarde le détail de la rémunération de Carlos Ghosn. Sur les 7,25 millions d’euros touchés en 2015,  1,2 million provient de sa rémunération fixe, 1,8 million de sa part variable, le reste étant versé sous forme d’actions de performance. La baisse annoncée de 20% ne porte donc que sur 1,8 million, et non 7 millions, et représente au final une baisse d’environ 455.000 euros. Soit au final une baisse de 6,5% qui, en outre, pourra ne pas être appliquée en cas de "résultats exceptionnels" positifs.

Et la promesse de dons. L’opération de réhabilitation ne s’arrête pas là : Carlos Ghosn a également annoncé qu’il allait reverser une partie de sa rémunération au secteur caritatif. Le PDG "a fait connaître au Conseil d'administration sa décision personnelle de consacrer chaque année un million d'euros de sa rémunération variable (...) aux actions soutenues par la Fondation Renault", a expliqué l'entreprise.

Renault tient à son patron. Renault n’a pas présenté ces annonces comme une sanction et a rappelé qu’elle tenait à son PDG. "Il est de première importance pour Renault que Carlos Ghosn reste son Président-Directeur Général", a insisté le conseil d’administration. Et ce dernier de mettre en avant les dernières performances de l’entreprise sous la houlette de Carlos Ghosn : le chiffre d’affaires (+14,3%), le bénéfice net (+7,5%) et la marge opérationnelle ont augmenté au cours du premier semestre. Bref, Renault s’est félicité d’une rentabilité opérationnelle "record" et estime que son PDG n’y est pas étranger. Et le constructeur de rappeler que Carlos Ghosn est moins bien payé que de nombreux autres patrons du secteur automobile.

Hasard du calendrier, le fournisseur d’indices MSCI a publié cette semaine une étude montrant que les patrons "les mieux payés réalisent en moyenne de moins bonnes performances boursières que les sociétés qui accordent des gratifications plus modestes", dixit Les Echos. Et le quotidien économique d’ajouter : "un investisseur qui aurait misé 100 dollars dans les 20 % d'entreprises les plus généreuses à l'égard de leur dirigeant, en aurait retiré un peu moins de 265 dollars 10 ans plus tard. Contre 367 dollars s'il avait ciblé les 20% d'entreprises les moins prodigues". De ce point de vue, la légère baisse du salaire de Carlos Ghosn pourrait donc améliorer les performances de Renault.