Revalorisation du point d'indice : les fonctionnaires sont-ils vraiment privilégiés ?

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Le gouvernement va annoncer un "geste significatif" pour le point d'indice des fonctionnaires, jeudi. Souvent pointés du doigt, les agents publics sont-ils vraiment privilégiés ? 

INTERVIEW

Le gouvernement devrait annoncer, jeudi, une revalorisation comprise entre 0,5 et 1% du point d'indice qui sert à calculer la paye des fonctionnaires, gelé depuis six ans. Ce geste était très attendu des agents de la fonction publique, souvent considérés comme mieux lotis que les salariés du privé. Invité de la matinale d'Europe 1, Jean-Luc Boeuf, spécialiste de la fonction publique, nuance la réalité de ces privilèges. 

La revalorisation du point d'indice des fonctionnaires est-elle un privilège ?

"A part les augmentations individuelles, les salaires des 5,5 millions d'agents publics n'ont pas bougé depuis 2010", explique Jean-Luc Boeuf, spécialiste de la fonction publique, invité d'Europe 1 jeudi. Si la hausse du point d'indice était de 1%, cela coûterait "exactement 1,8 milliard d'euros, mais à toutes les fonctions publiques : Etat, collectivités territoriales, secteur hospitalier", détaille-t-il. L'augmentation, qui devrait être annoncée dans la journée, est pressentie entre 0,5 et 1,5%.

Le timing de l'augmentation n'est pas étonnant, selon Jean-Luc Boeuf : "Depuis 1981, tous les pouvoirs publics quels qu'ils soient ont revalorisé la rémunération des fonctionnaires avant la campagne présidentielle, à une exception près, en 2012."

Les fonctionnaires sont-ils mieux payés que les agents du privé ?

"Les fonctionnaires gagnent plutôt un petit peu moins que dans le privé pour les agents de la fonction publique territoriale, plutôt un petit peu plus pour les agents de l'Etat et à peu près pareil pour les agents du secteur hospitalier", résume Jean-Luc Boeuf. Mais pour le spécialiste, il est "difficile de faire des moyennes", le terme de "fonctionnaire" regroupant des réalités très différentes. "Il y a ceux de catégorie A, les cadres et les enseignants, ceux de catégorie B, les techniciens, et ceux de catégorie C, les agents que l'on voit tous les jours dans les collectivités locales, pour réparer des routes ou entretenir les chaussées."

"Dans la fonction publique territoriale, il y a quasiment trois quarts d'agents de catégorie C, donc ils sont moins payés que les salariés du privé." L'idée reçue selon laquelle les fonctionnaires ont plus de vacances que les salariés du privé relève, elle, du "fantasme", selon Jean-Luc Boeuf. "La question des 35 heures s'applique partout, comme celle des RTT".

Les fonctionnaires sont-ils à l'abri de la précarité ?

"Il y a de la précarité chez les fonctionnaires", affirme Jean-Luc Boeuf. Il distingue trois types de contrats dans la fonction publique : les titulaires de la fonction publique, les contractuels, engagés pour des périodes allant de un à trois ans, et les vacataires, engagés pour des missions ponctuelles. "C'est l'équivalent d'un CDD dans le privé."

En ce qui concerne la stabilité de l'emploi, les fonctionnaires sont plutôt mieux lotis que les salariés du privé. Mais contrairement aux idées reçues, ils ne sont pas indéboulonnables, affirme Jean-Luc Boeuf : "Dans le cadre de la fonction publique territoriale, la révocation d'un poste de fonctionnaire est complexe et coûteuse, mais elle est possible. "

Les retraites des fonctionnaires sont-elles plus élevées ?

"Pour un agent public, la retraite est calculée sur le traitement indiciaire des six derniers mois de sa carrière, alors que pour un agent du privé, on va prendre une moyenne sur les 25 dernières années", reconnaît Jean-Luc Boeuf. L'expert nuance : "pour ne pas tomber dans le dénigrement systématique des fonctionnaires, il faut prendre en compte le fait que leur retraite est calculée sans les primes."