Renault : une affaire politique

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Renault : une affaire politique
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Dans l'affaire d'espionnage qui touche ce groupe, la piste chinoise semble se confirmer.

C'est une affaire qui porte sur des "faits très graves". Après avoir refusé de s'exprimer, Renault est sorti jeudi de son silence et n'a pas mâché pas ses mots. Le groupe a justifié ainsi la mise à pied, précédent le licenciement, de trois cadres soupçonnés d'espionnage. Et d'après les premiers éléments de l'enquête, c'est la piste chinoise qui se confirme.

La piste chinoise se confirme

Selon les informations d'Europe 1, les trois cadres de Renault concernés auraient été contactés par un Européen qui travaille pour des industriels chinois. Il s'agirait a priori d'un constructeur automobile chinois qui a acheté des technologies sur des batteries.

Les agents de la DCRI n'auraient, d'après Europe 1, pas identifié l’entreprise en question. En effet, les sommes qui auraient été versées aux trois cadres de Renault ont transité par plusieurs sociétés écran, avant d'arriver sur un compte caché, qui se trouverait visiblement en Suisse. Des sommes qui seraient visiblement très importantes.

Un des cadres concernés aurait vendu à la concurrence des informations sur les technologies et les systèmes de recharge des batteries des futures voitures électriques. L'enjeu est énorme pour le constructeur français qui a placé la voiture électrique au cœur de sa stratégie pour les années à venir. "Pour Renault, il s'agit de faits très graves concernant des personnes en position particulièrement stratégique dans l'entreprise", a confirmé Christian Husson, le directeur juridique et déontologue du groupe.

Le dossier devient politique

Cette affaire économique est également devenue politique mardi, lorsque Renault a alerté le gouvernement de la mise à pied de ses trois cadres. Selon Europe 1, l'Elysée et Bercy auraient alors exigé que le rapport d’enquête interne soit intégralement remis à la Direction centrale du renseignement intérieur, la DCRI. Mercredi soir, une réunion se serait tenue, d'après Europe 1, dans le bureau de Patrick Pellata, n°2 de Renault, afin de décider si le groupe comptait porter plainte ou non. A la sortie, il aurait été décidé de ne faire aucune poursuite, et de procéder à des licenciements pour faute grave.

Le ministre de l'Industrie Eric Besson avait tout de suite réagi à cette affaire d'espionnage industriel. "J'ai demandé à l'administration de Bercy de bien vouloir renforcer les obligations de protection des entreprises industrielles qui demandent l'aide de l'Etat, qui nous demandent une contribution financière pour innover", a-t-il déclaré jeudi à la presse.

Suite à la vive réaction du ministre, il aurait été demandé à Renault de porter finalement plainte pour l'exemple, selon les informations d'Europe 1. Les trois cadres risquent jusqu’à 10 ans de prison et 150.000 euros d'amende.

Vers un secret d'entreprise inspiré du secret défense

"Il y a une bataille mondiale pour l'innovation", a commenté samedi matin sur Europe 1 Eric Besson, avant de juger nécessaire la création d'un "confidentiel entreprise", inspiré de la classification secret-défense.

"On veut que le Conseil d'Etat donne son avis sur un éventuel projet de loi qui consisterait à créer un confidentiel entreprise, comme il existe un confidentiel défense. Autrement dit, un certain nombre de documents, de lettres, de mails, de croquis seraient classés confidentiels. Leur divulgation, leur utilisation non autorisée vaudrait pour l'auteur un risque civil ou pénal, comme cela existe pour le confidentiel défense", a-t-il précisé.