Renault : la rémunération de Ghosn fait grincer des dents

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Renault : la rémunération de Ghosn fait grincer des dents
@ YASUYOSHI CHIBA / AFP
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ÉCONOMIE - Le patron de Renault bénéficie d'une rémunération de 7 millions d'euros au titre de l'année 2014 alors que l'entreprise se serre la ceinture depuis 2013. 

Quelques semaines à peine après l'annonce de la rémunération record du prochain directeur de Sanofi, voici qu'un autre patron fait parler de lui. Carlos Ghosn, dirigeant de Renault-Nissan, a bénéficié d'une augmentation importante de sa rémunération entre 2013 et 2014, rapporte lundi Les Echos. Ce qui passe mal auprès des salariés qui ont accepté en 2013 un gel de leur salaire. L'Etat qui souhaite que les patrons soient rémunérés plus modestement n'y peut, pour sa part, rien puisque sa participation au capital de Renault est minoritaire.

Un "package" de 7,2 millions d'euros… Dans un bilan de l'année 2014 mis en ligne récemment, Renault rapporte la rémunération de son dirigeant, approuvée par son Conseil d'administration : un "package" d'une valeur de 7,2 millions d'euros. Soit deux fois plus qu'en 2013 où il s'était alors élevé à 2,6 millions. 

… qui dépend de la performance de Renault… Mais la valeur de cette somme est pour l'instant théorique. Elle dépend en effet de la performance de Renault puisque cette somme sera versée sous forme d'actions. Et sous conditions que Carlos Ghosn reste encore quatre ans en poste. Par conséquent, il ne bénéficiera d'une grasse rémunération que si l'entreprise a la cote en Bourse. Ce qui est bien engagé… Début 2014, les titres de Renault valaient 41 euros alors qu'ils ont clôturé à 81,9 euros lundi. 

… et qui s'ajoute à son salaire de base. Au total, Carlos Ghosn peut donc se féliciter d'une rémunération de près de 15 millions d'euros. Car le patron de Renault reçoit aussi un salaire fixe de 1,3 million d'euros et en tant que patron de Nissan, a touché 7,6 millions d'euros au titre de l'année 2013.

Un gel des salaires en 2013. Les représentants des salariés ont voté, tout comme les représentants de l'Etat, contre cette rémunération. Et pour cause, en 2013, Renault a adopté un plan de compétitivité qui comprenait un gel des salaires. Et en 2014, un accord  salarial a mis en place une hausse des salaires de 1% seulement. Ajouté aux 8.216 suppressions de postes prévues d'ici 2016, Renault a pu ainsi faire baisser le coût horaire de ses salariés de 4%. 

"Ce genre d'affaires est de nature à casser la motivation des salariés en interne mais aussi à casser le consensus qui s'était développé en France en faveur des entreprises", déplore Axel de Tarlé sur Europe 1. Selon lui, cette affaire est "navrante".  

Pour le Medef, c'est au Conseil d'administration de décider. "Quand on crée de la richesse, il faut la partager avec ses salariés et ses actionnaires", estime Pierre Gattaz, président du Medef interrogé sur Europe 1 mardi. De même pour "le chef d'entreprise qui réussit doit gagner de l'argent par sa rémunération", poursuit-il. "Maintenant, c'est au conseil d'administration de Renault de dire 'c'est bien' ou 'ce n'est pas bien'". 

S'il y a eu "beaucoup de performances" du côté de Renault, "ça ne me choque pas", admet-il. Il rappelle cependant que les salariés doivent aussi en bénéficier.

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