Réforme des retraites : les pensions de réversion impactées ?

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Christophe Castaner, le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, a assuré jeudi sur LCI que la réforme envisagée par le gouvernement ne s'appliquerait pas aux actuels bénéficiaires.

C'est un nouveau sujet sensible que le gouvernement pose sur la table. Dans le cadre de la réforme des retraites, l'exécutif prévoit de modifier le système des pensions de réversion, qui permet à un veuf ou à une veuve de cumuler sa retraite et une partie de celle de son conjoint disparu. Interrogé jeudi sur LCI, Christophe Castaner, le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement a indiqué qu'elles pourraient "baisser" pour certains futurs bénéficiaires par rapport au système actuel.

Créer "un système universel". "Si vous modifiez la base, c'est-à-dire la retraite de chacun pour en faire un système plus juste, plus égal, pour mettre un terme à ces 40 systèmes, qui sont tous différents, qui existent en France et qui génèrent de l'injustice, évidemment la pension de réversion [...] sera modifiée", a déclaré Christophe Castaner. L'idée à laquelle réfléchit le gouvernement n'est donc pas de supprimer le système des pensions de réversion, mais seulement de l'harmoniser, dans la logique de ce qu'Emmanuel Macron entend faire pour l'ensemble du système de retraite. "Nous créerons un système universel de retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé", écrivait Emmanuel Macron dans son programme.

Treize régimes différents. Actuellement, il existe en France treize systèmes de réversion différents, selon qu'il s'agisse du public ou du privé. Les Français ne peuvent pas tous y prétendre au même moment, les conditions de ressources ne sont pas les mêmes, la durée de mariage avant le décès du conjoint varie également et, surtout, le taux de la pension de réversion n'est pas le même, oscillant de 50 à 60% de la retraite du disparu.

"Une possible baisse". Anticipant une levée de bouclier, alors que le gouvernement s'est déjà mis à dos de nombreux retraités avec la hausse de la CSG, le Premier ministre Edouard Philippe a assuré mardi devant les sénateurs qu'"en aucune façon [...] le gouvernement ne travaillerait sur des mesures qui viendraient amoindrir ou remettre en cause les pensions de réversion", évoquant une "nécessité absolue" pour les bénéficiaires. Mais sur LCI mardi, son secrétaire d'Etat s'est montré moins catégorique : les futures pensions de réversion pourront "baisser pour certains", et "augmenter" pour d'autres, a-t-il avertit.

Une réforme "pour économiser de l'argent". Deux sons de cloche donc qui, après une série couacs ministériels sur une éventuelle baisse des minima sociaux, trahissent la vision comptable du gouvernement à en croire certains partenaires sociaux. "La parole gouvernementale n'a pas beaucoup de poids, puisque madame Buzyn [la ministre des Affaires sociales et de la Santé, ndlr], avait dit qu'il n'y aurait pas de nivellement pas le bas. Si monsieur Castaner explique maintenant qu'il y aura des baisses, ça veut dire qu'il y aura un nivellement par le bas, […] ça veut dire que l'on est, une fois de plus, dans une réforme financière", a relevé au micro d'Europe Midi Philippe Pihet, le Secrétaire confédéral Force Ouvrière en charge des retraites. "Les masques vont commencer à tomber. Les pensions de réversion, c'est 36 milliards, ça n'est pas une paille. Donc, maintenant, on arrête de raconter des sornettes : cette réforme est faite pour économiser de l'argent", s'agace ce syndicaliste.

Un chantier de taille. Qu'il s'agisse d'une hausse ou d'une baisse, la mesure ne concernera pas les quatre millions de personnes - dont 87% de veuves - qui touchent déjà une pension de réversion, puisqu'elle vise uniquement les futurs bénéficiaires, comme a tenu à le repréciser Christophe Castaner sur Twitter. Elle s'inscrira dans la prochaine réforme des retraites, annoncée comme le gros chantier social du gouvernement en 2019. D'ici là, les consultations avec les différents syndicats, lancées fin mai, devraient se poursuivre au moins jusqu'en décembre. L'entrée en vigueur de la réforme elle-même sera échelonnée jusqu'en 2025, de manière à permettre aux différentes caisses de retraite de préparer la transition.