Rachat d'Alstom : le match des prétendants

Jeffrey Immelt, le PDG de General Electric, et Clara Gaymard, la présidente de GE France, à leur arrivée à l'Elysée lundi.
Jeffrey Immelt, le PDG de General Electric, et Clara Gaymard, la présidente de GE France, à leur arrivée à l'Elysée lundi. © Reuters
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REPRENEUR - Qui de General Electric ou Siemens a les arguments les plus convaincants pour reprendre la branche énergie d’Alstom ?

En première ligne sur le dossier Alstom, François Hollande et Arnaud Montebourg ont rappelé aujourd’hui les trois critères majeurs de l’Etat français : sauvegarder les emplois menacés, conserver les centres de décision stratégique du groupe sur le sol français, et  préserver l’indépendance énergétique du pays. Trois exigences que l’Etat ne peut imposer puisqu’il n’est plus actionnaire depuis 2006, mais qu’il cherche malgré tout à négocier. Point par point, Europe1.fr passe en revue les forces et les faiblesses des deux repreneurs potentiels de ce fleuron de l’industrie française.

 

#préservation de l’emploi : avantage General Electric

Si General Electric compte pas moins de 11.000 salariés sur le sol français (et plus de 300.000 dans le monde), la possibilité d’une reprise par GE n’aboutirait pas pour autant sur des licenciements à la pelle. Et pour cause, au-delà du fait que le groupe assure que l’emploi en France ne sera pas menacé, les activités de GE et d’Alstom sont plus complémentaires que concurrentes. Ce qui permet d’éviter les doublons, et donc les licenciements pour rationnaliser les effectifs.   

Siemens (7.000 salariés sur le sol français) se serait de son côté engagé à conserver les emplois en l’état pendant trois ans.  Une annonce rassurante, mais qui ne masque pas les incompatibilités entre Siemens et Alstom, dont le rapprochement rêvé par les politiques pourrait ne pas déboucher sur la création d’un « deuxième Airbus européen » dont rêve la classe politique franco-allemande.  En effet, le numéro 2 d’Airbus a tenu à nuancer la comparaison établie entre son groupe et le secteur de l’énergie : "Dans l'industrie, avant de se marier, on se fiance et, avant de se fiancer, on concubine. On ne peut pas consolider sur la compétition, on ne consolide que sur la coopération."

 

GE

© Reuters

#conservation des centres de décisions d’Alstom en France : match nul

 Dixième chiffre d’affaires mondial (105 milliards en 2013), l’entreprise fondée par Thomas Edison est installée en France depuis un siècle. De quoi donner des gages de sérieux à l’Etat : une entreprise historiquement implantée en France aura en effet moins tendance à délocaliser ses centres de décisions et ses usines à l’étranger.  En gage de sa crédibilité, General Electric a par ailleurs proposé d’installer dans l’Hexagone son siège mondial pour les éoliennes en mer.  

Pour rattraper General Electric, visiblement en avance dans les négociations, Siemens (75.9 milliards d’euros en 2013) a offert de nombreuses garanties. Contre la reprise de la branche énergie d’Alstom, Siemens offre sa branche transport et une indemnisation financière. Concrètement, cela signifierait que Siemens abandonnerait le ICE (le train à grande vitesse allemand). Si Alstom perd sa branche la plus importante (plus de 70% de son chiffre d’affaires global), le groupe pourra néanmoins recréer un pôle industriel majeur autour des activités ferroviaires.

 

Siemens

© Reuters

#indépendance énergétique : avantage Siemens

En la matière en revanche, c’est là où la candidature américaine inquiète. L’Etat se trouve sans garanties de GE. Sur ce point, la candidature de Siemens permettrait à Alstom de rester dans le giron d’une entreprise européenne et allemande serait forcément une bonne nouvelle, sans compter que Siemens est un constructeur d’éolienne. Mais prudence pour l’instant, l’action Alstom est toujours suspendue de cotation, et le groupe donnera plus d’indications sur la suite des événements mercredi.

 

Au-delà de ces constats, les soutiens politiques vont du côté de Siemens. D’un côté comme de l’autre du Rhin, sans surprise, la candidature allemande semble séduire les gouvernements qui gardent en tête le rêve d’un "deuxième Airbus européen, et ce depuis dix ans", explique Martial You, chef du service économie d’Europe 1. Arnaud Montebourg a clairement affiché sa préférence :"Soit on se fait racheter par Boeing, soit on décide de construire un Airbus de l'énergie et des transports. Nous pouvons créer un leader mondial, un champion made in France. Je préfère les géants made in France". Une préférence partagée par Sigmar Gabriel, son homologue allemand qui voit en ce possible rachat d’Alstom par Siemens " une grande chance en termes de politique industrielle pour l’Allemagne et pour la France." Mais l’Etat n’est pas décideur en la matière, et Patrick Kron, l’actuel PDG d’Alstom, privilégierait quant à lui la piste GE.

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