Qu'est-ce que la finance comportementale, récompensée par le Nobel d'économie ?

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Qu'est-ce que la finance comportementale, récompensée par le Nobel d'économie ?
@ AFP
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Né dans les années 1970, ce champ de la finance récompensé par le Nobel d'économie vise à anticiper les scénarios illogiques du marché.

Elle vient de remporter ses lettres de noblesse. La finance comportementale a été récompensée lundi, avec le prix Nobel d'économie attribué à l'un de ses hérauts, Richard Thaler. Née à la fin des années 1970 au sein de la célèbre "Ecole de Chicago", cette branche de la finance vise à expliquer les anomalies de la bourse (grandes volatilités, anomalies calendaires, etc.) par les travers psychologiques de ses acteurs. Voici trois choses à savoir sur cette théorie aujourd'hui dans la lumière.

Montrer la "rationalité limitée" de l'individu

La finance comportementale s'inscrit dans le prolongement de la théorie financière moderne, construite sur la rationalité des individus. En questionnant ce paradigme, elle vise à montrer comment les biais humains, qu'ils soient cognitifs ou sociaux, peuvent affecter les prises de décisions des investisseurs et les orientations du marché, indique Les Echos.

En d'autres mots, un investisseur peut être soumis à des faiblesses : peur, excès de confiance, ou encore tendance à surinterpréter une information en fonction de ses propres croyances. D'un point de vue théorique, la finance comportementale revient donc à pointer une "rationalité limitée" de l'individu.

Tirer parti des situations illogiques

En cherchant à comprendre les comportements irrationnels, la finance comportementale vise à anticiper les situations illogiques du marché... Pour en tirer profit. Un exemple concret d'anomalie a justement été identifié par Richard Thaler, récompensé lundi par le Nobel d'économie. Il s'agit de "l'aversion aux pertes", soit le fait de ressentir plus fortement les pertes que les gains. Cette thèse explique ainsi pourquoi des investisseurs ont tendance à trop attendre pour vendre leurs actions surévaluées. Une situation irrationnelle qui peut déboucher sur un vent de panique boursier. Sur la base d'expérience empirique (questionnaires, relevés de transactions…), les chercheurs en finance comportementale visent à identifier des tendances pour contourner ces situations à risque.

Une théorie dépassée par l'émergence des algorithmes ?

Très utilisée lors des crises financières, la finance comportementale a suscité un regain d'intérêt lors de celle des subprimes, en 2007. Dans le film The Big Short (Le casse du siècle), consacré à ce séisme financier, l'économiste Richard Thaler joue d'ailleurs son propre rôle pour expliquer l'importance du biais émotionnel lors des paris latéraux sur les titres hypothécaires incriminés. L'économiste explique ainsi comment l'excès de confiance des acteurs dans l'efficience du marché a facilité la création d'une gigantesque bulle spéculative.

Cependant, la finance comportementale perd progressivement de son utilité face à l'émergence des algorithmes, explique le magazine spécialisé Les Carnets du Business. Ce "trading à haute fréquence", où les transactions financières sont réalisées à la micro-seconde par des systèmes informatiques, laisse en effet de moins en moins place à la rationalité de l'individu... Et à ces moments d'irrationalité.