Qu'arriverait-il si la France perdait son AAA ?

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Qu'arriverait-il si la France perdait son AAA ?
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DECRYPTAGE - Le chaos annoncé aurait-il lieu en cas de dégradation ? Europe1.fr fait le point.

Après sa gaffe en novembre, lorsqu'elle avait dégradé par erreur la note française, l'agence Standard & Poor's serait sur le point de publier sa nouvelle salve de notes. Et les perspectives ne sont guère encourageantes pour la France. Quelles seraient les conséquences d'une perte du triple A ?

L'Hexagone bénéficie en effet du AAA, la meilleure note possible. Cela correspond à une très grande fiabilité en tant qu'Etat et permet à la France d'emprunter de l'argent à des taux d'intérêt très bas.

Analystes, politiques et économistes s'étripent pour savoir si la France a déjà perdu ou non sa notation. Mais le chaos annoncé aura-t-il lieu en cas de dégradation ?

Les cas du Japon et des Etats-Unis

Si l'on observe les précédents historiques, la réponse n'est pas évidente. En 2001, l'agence S&P retire son triple A au Japon. Pourtant les taux d'intérêt auxquels emprunte l'archipel nippon baissent. Ils se situent aujourd'hui autour de 1% pour des obligations (parts de dettes vendues aux investisseurs) à 10 ans.

Autre exemple frappant : celui des Etats-Unis. En août dernier, S&P dégrade la note américaine d'un cran à "AA+". Malgré l'apocalypse annoncée, rien ne se passe ou presque. Le taux auquel empruntent les Américains diminue même pendant quelques semaines. Il se situe aujourd'hui autour de 2%.

La concurrence allemande

Il existe néanmoins une différence de taille entre les Etats-Unis et la France. Le marché des obligations françaises est bien plus petit que celui des Américains. Autrement dit, il y a beaucoup moins d'obligations françaises en circulation. Le marché est donc plus volatile car il dépend de moins d'investisseurs.

Cers deniers pourraient ainsi se reporter rapidement vers d'autres pays triple A de la zone euro. Concrètement, les acheteurs pourraient troquer leurs obligations françaises contre des obligations allemandes. C'est en tout cas l'hypothèse de l'économiste Nicolas Bouzou. Ce qui aurait pour conséquence d'augmenter le taux d'intérêt français. La vraie question est de savoir de combien.

Des taux d'intérêt déjà double A ?

"On emprunte déjà comme si nous n'étions plus triple A mais simplement double A", a estimé Jacques Attali, vendredi matin sur Europe 1.

Dans les faits, il existe effectivement déjà un écart conséquent entre les différents pays notés triple A. Aujourd'hui, la France emprunte à environ 3,4% sur 10 ans. C'est plus que la Suisse par exemple, elle aussi notée triple A et dont les taux d'intérêt à 10 ans se situent autour de 0,85%. Et c'est même plus que le Japon pourtant noté AA- par S&P.

Moins de marge sur les déficits

Les investisseurs privés ne suivent donc pas à la lettre les agences de notation. Une dégradation de la note française pourrait néanmoins ébranler la position française sur le long terme. Elle réduirait la marge de manœuvre de l'Etat en matière de déficits. Cela pourrait également avoir un impact sur les conditions d'emprunt des entreprises françaises qui dépendent beaucoup du marché intérieur.

Cela pourrait aussi provoquer un véritable séisme politique sur le plan intérieur puisque le triple A est devenu une grande cause nationale. Enfin, sur le plan européen, cela mettrait à mal le Fonds de secours européen (le FESF), dont la notation (elle aussi triple A) repose en grande partie sur le triple A français.