Pourquoi négocie-t-on toujours la nuit ?

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Pourquoi négocie-t-on toujours la nuit ?
En France, les négociations s'étalent souvent jusque tard dans la nuit.
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L'ultime négociation sur les dépassements d’honoraires se poursuit... Pourquoi si tard ?

Alors que la dernière journée de négociation sur les dépassements d’honoraires débute lundi soir, une question se pose : pourquoi faut-il toujours que ces réunions se tiennent la nuit ? Michel Chassang, le président de la Confédération des syndicats médicaux français, interrogé lundi matin sur Europe 1, regrettait un système "archaïque" : "songez que ce soir on commence à 19h30 ! On aurait pu négocier toute la journée aujourd’hui, on aurait pu le faire demain, et là, ça va se faire toute la nuit…"

En fait, deux raisons peuvent expliquer cette tendance à l’insomnie chez les dirigeants. La première, c’est que l’on n’arrive pas "à froid" autour d’une table de négociation. Avant de s’attabler, il faut préparer ses arguments, évaluer ceux des autres, déterminer les marges de négociation, etc. Autant de réunions préparatoires qui occupent l’essentiel de la journée.

Une question d’image

C’est aussi une question d’image : Une conférence de presse à 19h30, au cours de laquelle tout le monde apparaît bien coiffé et en pleine forme, c’est presque banal.

"C’est un rituel, qu’on a souvent observé par le passé : une bonne négociation, c’est une négociation de nuit, qui s’achève au petit matin, avec des négociateurs qui sortent devant les journalistes la mine défaite, le cheveu hirsute, avec comme message subliminal regardez comme je me suis battu, j’ai sacrifié toute ma nuit pour aller au bout de ce que je pouvais obtenir. Sous-entendu : ‘l’accord auquel on vient de parvenir n’est peut-être pas extraordinaire, mais il préserve l’essentiel’", raconte Olivier Samain, qui couvre depuis longtemps les grandes négociations syndicales pour Europe 1

A ce titre, deux tours de table restent dans les annales, tant ils se sont étalés. En 1993, le débat autour de la grille Unédic avait duré près de cinquante heures entre les partenaires sociaux.





En 1990, les négociations s’étaient même étalées encore plus autour de la grille "Durafour" des salaires dans la fonction publique. Les tours de table successifs entre syndicats de fonctionnaires et gouvernement avaient duré 52 heures d’affilée…