Pourquoi la recherche patine en France

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Pourquoi la recherche patine en France
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La part de financement public dans la recherche ne cesse d'augmenter… mais pas les résultats.

Le rapport. L'Etat donne de plus en plus d'argent à la recherche… mais les retombées économiques ne sont pas au rendez-vous. C'est le constat dressé par un rapport de la Cour des comptes publié lundi, consacré au financement public de la recherche. Contrairement à certains de ses voisins, l'Hexagone ne parvient pas suffisamment à faire participer les entreprises et l'Europe aux financements. Et, si les cerveaux des chercheurs français restent féconds, les innovations qui bénéficient concrètement à l'économie sont encore trop peu nombreuses.

Un budget public en hausse continue... Dans le budget de l'Etat, les moyens consacrés à la recherche font en effet "l'objet d'une priorité continûment affichée depuis 2006", souligne ce document. Les financements apportés par l'Etat sont ainsi passés de 14 milliards d'euros cette année là à 20,8 milliards en 2013. Autrement dit, la loi de programme pour la recherche de 2006 "a été respectée, et même dépassée".
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 … Mais la France reste à la traine. Pourtant, la France n'a pas progressé vers l'objectif européen de consacrer 3% de son PIB à la recherche et développement (R&D). Selon le rapport, la dépense intérieure de R&D, publique et privée, se maintient depuis dix ans à 2,2% du PIB, soit 43,4 milliards d'euros. La France devance certes le Royaume-Uni (qui y consacre 1,76 % de son PIB), mais elle reste derrière beaucoup de pays… Et surtout les plus en forme économiquement. La France est ainsi positionnée derrière la Corée du Sud (3,74 %), la Suède (3,40%) le Japon (3,26 %), les États-Unis (2,90 % en 2009) ou encore l'Allemagne (2,82 %)… autant de pays dont le taux de croissance se maintient dans le rouge (exceptée la Finlande, qui consacre 3,88% de son PIB à la recherche mais est actuellement en récession). La Chine n'y consacre, pour l'heure, que 1,8% mais la part a environ augmenté de 20% par an ces 10 dernières années.

L’État finance bien seul. Selon le rapport, "ce sont les entreprises qui ne sont pas au rendez-vous", avec un effort de R&D qui stagne à 1,43% du PIB et reste très en retard par rapport à d'autres pays. Les magistrats de la rue Cambon s'inquiètent surtout des difficultés des chercheurs français à obtenir des financements de l'Union européenne : de 14,4% des fonds alloués par Bruxelles, la France est passée à 9,5% en 2012. Résultat, sur cette période, les contribuables français ont payé à hauteur de 6 milliards d'euros pour cet effort européen alors que les chercheurs de l'Hexagone n'ont obtenu que 3,42 milliards en retour.
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Une situation d'autant plus paradoxale que lorsque les chercheurs français postulent à un financement de l'UE, leur taux de réussite est bien supérieur à la moyenne européenne. Pour la Cour, cette piètre performance s'explique surtout par une mauvaise "articulation" entre les programmes de recherche français et ceux de l'UE, ainsi que par un manque de soutien public aux équipes scientifiques soumettant les projets. "C'est un problème d'organisation, pas de compétences", conclut Patrick Lefas, président de la troisième chambre de la Cour.

Pas assez d'innovation. La Cour relève enfin que si la France se classe au sixième rang pour les publications scientifiques mondiales et au quatrième rang pour les brevets européens, elle n'arrive qu'au 24e rang mondial en termes d'innovation. En clair, les chercheurs ont beaucoup d'idées mais elles ne sont pas testées en entreprise, en tout cas en France. "La France a davantage tendance à exporter ses technologies qu'à en développer les usages sur son territoire au profit de son industrie", déplore le rapport. Et pour cause : la France consacre en moyenne seulement 34% de ses dépenses de R&D au "développement expérimental", c'est-à-dire aux projets scientifiques expérimentés concrètement. Une part bien inférieure à celles de ses grands concurrents : 51% au Royaume-Uni, plus de 60% aux Etats-Unis, au Japon et en Corée du Sud et 83% en Chine.