Pourquoi la BCE est-elle si attendue ?

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Pourquoi la BCE est-elle si attendue ?
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DÉCRYPTAGE - La réunion de jeudi devrait être synonyme d'annonces importantes. A moins que...

La Banque centrale européenne (BCE) se réunit jeudi pour dévoiler les actions qu'elle compte entreprendre pour sauvegarder la zone euro. Ses décisions, très attendues par les Etats européens mais aussi par les marchés, seront lourdes de conséquences. A moins que rien ne soit entrepris pour éviter de brusquer l’Allemagne.

• Comment va la zone euro ? Sans surprise, tous les derniers indicateurs sont dans le rouge. Après une croissance nulle lors du premier trimestre 2012, la zone euro a vu son PIB reculer de 0,2% au deuxième trimestre, selon le décompte de l’institut Eurostat.

Toujours selon Eurostat, le taux de chômage de la zone euro s'est établi en juillet à 11,3% de la population active, soit un record de 18 millions de chômeurs. Si on se penche sur le malade espagnol, la tendance est encore plus inquiétante : le taux de chômage y est devenu le plus élevé du monde industrialisé (24,63%). 

Résultat, les analystes pronostiquent que la BCE va réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro et à la hausse celles sur l'inflation. Mais ils attendent surtout que la banque centrale européenne agisse.

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Pourquoi  la BCE se réunit-elle ? Elle le fait chaque mois mais la réunion de septembre est particulièrement attendue. La banque centrale doit se prononcer sur deux questions : son taux directeur et un possible programme de rachats d'obligations souveraines.

Concernant le taux directeur, c’est-à-dire le prix qu’elle exige des banques pour leur prêter de l’argent, deux scénarios sont attendus : fixé depuis juillet à 0,75%, soit son plus bas niveau historique, il pourrait soit rester inchangé, soit descendre à 0,5%. S’il est abaissé, la BCE tentera donc de rendre le crédit moins cher pour favoriser la relance de l’activité.

Le dossier des rachats d'obligations souveraines est plus épineux. La BCE doit décider si elle rachète des emprunts des pays européens pour qu’ils soient moins nombreux sur le marché et donc plus attractifs. Résultat, les pays pourraient alors emprunter à de meilleurs taux, mais la BCE s’affaiblirait alors en intégrant dans ses comptes des créances supplémentaires parfois jugées risquées.

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Pourquoi cette réunion est si suivie ? D’abord parce que, chose inhabituelle, des personnages importants y seront : Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, et Olli Rehn, commissaire européen chargé des Affaires monétaires, seront présents.

Ensuite parce que le président de la BCE Mario Draghi, habitué à faire preuve d’une réserve certaine, n’a pas hésité à défendre sa politique la semaine dernière par voie de presse, un fait inhabituel pour lui. La politique monétaire "nécessite parfois des mesures exceptionnelles", notamment "quand les marchés sont fragmentés ou influencés par des craintes irrationnelles", a-t-il expliqué la semaine dernière, suscitant de grands espoirs.

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Pourquoi les observateurs sont sceptiques ? "Ceux qui attendent des détails explicites risquent d'être déçus", a prévenu mercredi Marco Valli, chef économiste pour la zone euro au sein de la banque UniCredit. Et pour cause : l’Allemagne et sa banque centrale, premier actionnaire de la BCE, sont opposées à toute intervention qui se traduirait par la relance de la machine à billet. Abaisser les taux directeurs et racheter des obligations européennes risque en effet de provoquer d'importantes émissions monétaires en euros.

Berlin craint que cela soit perçu comme une incitation à poursuivre l’endettement et provoque une dévalorisation de la monnaie commune. La BCE ne veut donc pas la brusquer, d’autant que l’Allemagne doit décider la semaine prochaine si elle soutient la création d’un nouveau pare-feu financier, le Mécanisme européen de stabilité (MES).

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Quelles conséquences peuvent avoir les annonces de la BCE ? Tout dépend des décisions de la BCE. Si elle annonce des mesures exceptionnelles, elle espère limiter la spéculation contre la zone euro et soulagera à court terme des pays comme la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, dont les taux d’emprunt devraient baisser. Mais à moyen et long terme, une telle intervention confirmera la mauvaise passe que traverse actuellement la zone euro. Si la BCE décide de ne rien faire, les marchés risquent de dénoncer cet immobilisme en boudant les emprunts des pays de la zone euro, faisant grimper le taux d’intérêt dont ils doivent s’acquitter.