Austérité : et si Montebourg faisait fausse route ?

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Austérité : et si Montebourg faisait fausse route ?
@ EUROPE 1
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L'AVIS DE - L'économiste Philippe Aghion estime "qu'il faut aller dans le sens du Pacte de responsabilité et le renforcer".

"Ces politiques d'austérité ne marchent pas mais qu'en plus d'être inefficaces, elles sont injustes". Lors du discours officialisant lundi son départ du gouvernement, Arnaud Montebourg a livré un réquisitoire contre les politiques de rigueur qui confinent, selon lui, à "l'absurde". Pour le ministre de l'Economie sortant, le Pacte de responsabilité était donc une erreur. Mais l'économiste Philippe Aghion, professeur d'Economie à l'Université d'Harvard, est d'un tout autre avis : "au contraire, il faut aller dans le sens du Pacte de responsabilité et le renforcer". Invité mardi d'Europe 1, ce spécialiste a détaillé pourquoi Arnaud Montebourg fait, à ses yeux, fausse route. Sur l'austérité, mais aussi sur nos relations avec l'Allemagne.

La France à l'arrêt : la faute à l'austérité ? Pas vraiment, à en croire l'économiste : "la panne de croissance que nous connaissons est liée à une panne de l’investissement privé et à un creusement de notre déficit extérieur. Cela fait dix ans que notre balance commerciale est déficitaire : c’est donc un problème d’offre et non de demande. C’est-à-dire que nous ne sommes pas assez compétitifs, on ne produit pas des produits d’assez bonne qualité pour les prix de revient ou assez bon marché face à la concurrence des pays émergents".

En clair, Philippe Aghion valide la politique de l'offre menée par François Hollande et ne croit pas aux vertus des politiques de la demande vantées Arnaud Montebourg. "Au contraire, il faut aller dans le sens du Pacte de responsabilité et le renforcer. Et en échange de cela on peut obtenir un deal avec Angela Merkel", assure-t-il.

Montebourg

Des réformes structurelles plutôt que de simples économies. Philippe Aghion suggère donc au gouvernement d'accélerer : "Je suis pour une mise à plat des missions publiques par des vraies réformes structurelles. Ce n’est pas de l’austérité, c’est de la rationalisation de nos moyens. Il y a des choses où on dépense trop et des choses où on ne dépense pas assez. Par exemple, il ne faut certainement pas dépenser moins, il faut dépenser mieux. Mais il y a le mille-feuille territorial : on sait qu’il y a beaucoup trop de communes en France, trop de départements. Là où il y a des métropoles, il ne faut plus de départements. On a un système de retraite qui est déséquilibré, il faut aller vers un système à points qui serait en équilibre comme en Suède".

L'Allemagne doit être convaincue plutôt que combattue. "On peut obtenir de l’Allemagne qu’en échange de réformes structurelles, on ait un assouplissement en matière de réduction des déficits", résume l'économiste. Avant de préciser : "je pense qu’il faut faire un pacte de croissance avec l’Allemagne et nos partenaires européens. On dit : 'voila, nous allons nous engager fermement dans des réformes structurelles très sérieuses mais en échange de cela, nous obtiendrons des points, c’est-à-dire des permis de dévier des objectifs de déficit structurel. Nous faisons des réformes et vous nous donnez de la flexibilité".

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Montebourg dans les pas de Renzi ? Une feuille de route qui ressemble à s'y méprendre à la stratégie du Premier ministre italien Matteo Renzi. Une figure politique très en vogue au sein de la gauche européenne et qu'Arnaud Montebourg a cité à de nombreuses reprises. Mais pour Philippe Aghion, Arnaud Montebourg a encore du chemin à parcourir pour pouvoir revendiquer une quelconque filiation : "ce n’est pas vrai que Montebourg est comme Renzi". Et l'économiste de détailler : "Renzi s’engage très fermement dans les réformes structurelles, (...) il va s’attaquer aux chauffeurs de taxis, à toutes les professions fermées. Il le fait très sérieusement et c’est parce qu’il le fait, qu’il a une voix en Europe pour dire 'je veux un assouplissement macroéconomique au niveau européen' ".

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Retrouvez l'intégralité de l'interview de Philippe Aghion :



"C'est un problème d'offre et pas de demande"par Europe1fr