Point d'indice des fonctionnaires, garantie jeunes, recherche : quel coût pour les nouvelles promesses du gouvernement ?

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Point d'indice des fonctionnaires, garantie jeunes, recherche : quel coût pour les nouvelles promesses du gouvernement ?
Le gouvernement a multiplié les annonces cette semaine.@ ERIC PIERMONT / AFP
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François Hollande et Manuel Valls ont ou vont annoncer de nouvelles dépenses. Or, la facture va rapidement s’alourdir.

Garantie jeunes, revalorisation des fonctionnaires, coup de pouce à la recherche : le gouvernement a multiplié les annonces cette semaine. Et le porte-parole du gouvernement l’a promis mercredi : "tout cela est financé sur les recettes qui sont liées aux impôts, directs ou indirects, et aux économies sur les dépenses". Les Français ne seront ainsi pas davantage ponctionnés, l’essentiel de cette manne proviendra d’économies supplémentaires. Mais en attendant de savoir où trouver cet argent, il va bien falloir estimer le coût de ces annonces. Et, là aussi, l’incertitude est grande.

Le point d’indice des fonctionnaires bientôt revalorisé.
Coût estimé : entre 1 et 2 milliards d'euros par an

A la diète depuis 2010, les fonctionnaires attendent avec impatience une revalorisation du point d’indice qui sert à calculer leur rémunération. Or, cette dernière est imminente : le gouvernement doit dévoiler jeudi l’ampleur du coup de pouce et Manuel Valls a promis qu’il s’agirait d’un  "geste significatif". La hausse pourrait être comprise entre 0,5 et 1%, selon nos informations, là où certains syndicats revendiquent jusqu’à 8% de hausse. Combien cela va-t-il coûter à l’Etat ? Tout dépendra des choix du gouvernement mais on sait grâce à la Cour des comptes qu’une hausse de 1% représente 1,85 milliard d’euros de dépenses supplémentaires. Tout sauf anodin.

Du côté de Bercy, on rappelle que sur cette somme, seuls 850 millions d’euros sont à la charge de l’Etat, le reste relevant des collectivités territoriales et de la fonction publique hospitalière. Mais à la fin, il s’agit tout de même de dépenses publiques. Et cette revalorisation intervient au moment où le gouvernement entame la révision des carrières dans la fonction publique. Une réforme qui, si elle doit permettre de freiner la hausse des dépenses à long terme, va coûter cher : entre 4,5 et 5 milliards d’euros d’ici 2020, dont 2,5 à 3 milliards d’euros pour la seule fonction publique d’Etat, selon la Cour de comptes. Qui estime en outre que ces dépenses supplémentaires ne sont pour l’instant pas encore financées.

La garantie jeunes, la grande inconnue financière.
Coût estimé : au moins 500 millions d'euros

En annonçant lundi que la garantie jeunes ne serait plus une expérimentation mais un droit universel accessible au plus grand nombre, le gouvernement a fait un grand pas vers l’inconnu. Car on ignore encore combien va coûter un tel dispositif censé offrir aux jeunes sans formation ni emploi une deuxième chance pour intégrer le monde professionnel. Manuel Valls a avancé mardi le chiffre de 418 millions d’euros en 2016 et le double en 2017. Mais la ministre du Travail a de son côté estimé sur Europe 1 que la facture pourrait atteindre 600 millions, tandis que le syndicat Unef table sur 2,8 milliards pour 500.000 bénéficiaires.

Cette mesure coûtera donc au minimum un demi-milliard d’euros et probablement plus par la suite, mais le gouvernement peut espérer limiter la note. D’abord parce qu’à moyen terme, des jeunes qui se réinsèrent, ce sont donc des chômeurs et des bénéficiaires  du RSA en moins et des cotisations sociales en plus.  Et ensuite parce que la France peut compter sur l’aide de l’Union européenne : l'Initiative européenne pour l'emploi des jeunes prévoit 570 millions d’euros entre 2014 et 2020, dont 58 millions pour l’année 2016. En revanche, il n’est sûr que la France puisse compter sur un financement européen au-delà de 2020.

Une rallonge pour soutenir la recherche.
Coût estimé : inconnu 

Si la France a toujours été douée pour la recherche fondamentale, elle perd du terrain par rapport à la concurrence : sixième puissance économique mondiale, la France dégringole à la 11e place si on raisonne en termes de part du PIB consacrée à la recherche et développement. En 2013, elle y a consacré 2,23% de son PIB, contre 2,81% aux Etats-Unis, 2,85% en Allemagne, 3,3% en Suède, et plus de 4% en Israël ou en Corée du Sud.

François Hollande a donc annoncé lundi une rallonge en faveur de la recherche scientifique, promettant que l'Agence nationale de la recherche (ANR), chargée de financer les programmes des chercheurs français, accepterait davantage de projets dès 2016. Alors que cette dernière ne retient actuellement que 9% des projets qui lui sont proposés, le président de la République souhaiterait que cette part passe à plus de 14%.

Mais ces projets supplémentaires devront bien être financés. Le président de la République a donc promis une rallonge budgétaire pour 2017, mais sans en dévoiler le montant. Seule certitude, passer de 9% à 14% de projets retenus représente une hausse significative alors que la France a prévu de consacrer 7,71 milliards d’euros à la recherche en 2016. Il a en revanche chiffré le coût d’une autre mesure, qui cible plus spécifiquement les jeunes chercheurs n’ayant pas obtenu de financement européens : "10 millions d'euros affectés dès cette année au soutien de leurs projets".

Une facture totale d’au moins 2 milliards d’euros. Entre un et deux milliards pour les fonctionnaires, un demi-milliard pour la garantie jeunes et des millions d’euros pour la recherche : s’il est difficile de réaliser un chiffrage précis, on peut estimer que l’ensemble de ces mesures représenteront au moins 2 milliards de dépenses supplémentaires.

L’Etat peut certes compter sur la réserve de précaution (8 milliards d’euros environ en 2016) pour boucler son budget, mais il doit dans le même temps poursuivre une politique d’austérité qui va se traduire par une baisse des dépenses publiques de 16 milliards d’euros en 2016. Autant dire que l’équation ne sera pas facile à résoudre.