Pfizer, une entreprise prête à tout pour éviter les impôts

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Pfizer, une entreprise prête à tout pour éviter les impôts
@ SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Le laboratoire pharmaceutique a bravé les avertissements des élus américains et entamé une fusion avec un concurrent afin de pouvoir déménager son siège social et payer moins d’impôts.

C’est officiel, les deux laboratoires pharmaceutiques Pfizer et Allergan ont lancé lundi leur fusion, une opération sans précédent puisque le futur groupe devrait peser près de 160 milliards de dollars. Sauf que tout cela n’est que secondaire car l’objet de cette opération est tout autre : l’entreprise Pfizer - fabricant du célèbre Viagra - va surtout payer moins d’impôts. Quitte à braver les avertissements des élus américains et à recourir à un montage financier pour le moins alambiqué avec le fabricant du Botox.

Pfizer-Allergan, une opération avant tout fiscale. En fusionnant avec Allergan, Pfizer va pouvoir reprendre le titre de premier groupe pharmaceutique mondial. Mais l’essentiel est ailleurs : l’entreprise fondée en 1849 aux Etats-Unis va surtout pouvoir déménager son siège social à l’étranger, en l’occurrence en Irlande où est basé Allergan. Un pays qui a fait de sa fiscalité un argument pour attirer les entreprises sur son sol, quitte à fragiliser les autres Etats : l’impôt sur les sociétés y est de 12,5%, contre 35% aux Etats-Unis.

Résultat, la future entreprise devrait obtenir un taux d'imposition bien moindre : il devrait avoisiner les 17% en Irlande alors qu'il était de 26,5% en 2014 aux Etats-Unis. Ce qui devrait lui permettre de réaliser des milliards d’euros d’économie chaque année.

Les élus américains ont multiplié les avertissements. Cette technique baptisée "Tax Inversion" commence à faire débat au-delà des cercles d'initiés. Car si les Etats-Unis s’accommodent sans problème du fait que leurs géants du Web fassent tout pour payer le moins d’impôts possible, leur réaction est bien différente lorsqu’ils sont victimes d’une telle stratégie.

Le président Barack Obama a personnellement qualifié d'"anti-patriotiques" ces rapprochements, rapidement rejoints par plusieurs ténors politiques américains. Hillary Clinton a regretté que "les contribuables américains en feraient les frais", tandis que le candidat républicain à la présidence Marco Rubio a dénoncé une stratégie qui "menace notre système de banqueroute". Le Trésor américain n’a d’ailleurs pas tardé à annoncer de nouvelles mesures contre les fusions anti-impôts.

Une firme prête à tout pour éviter l’impôt. Pour éviter que cette opération échoue, Pfizer est allé loin : lui qui voulait initialement racheter Allergan va finalement être "avalé" par ce dernier. Tout sauf une évidence : Allergan vaut deux fois moins que Pfizer. Mais ce procédé permet à Pfizer d’être sûr que les autorités américaines ne pourront pas l’empêcher de déménager son siège social en Irlande.

Car dans les faits, c’est bien Pfizer qui absorbe Allergan : ses actionnaires détiendront 56% de la nouvelle entreprise, contre 44% pour ceux d'Allergan. Pfizer aura aussi le contrôle du conseil d'administration, avec 11 membres issus de ses rangs, contre seulement 4 pour Allergan. Et le Pdg du futur groupe sera celui de Pfizer.

Un cas loin d’être isolé. Dans son Edito éco mardi, Nicolas Barré a qualifié cette fusion de "plus gros exil fiscal de tous les temps". Mais c’est loin d’être le premier, puisque de nombreuses sociétés ont fait de même, y compris en Europe. Et le directeur de la rédaction des Echos de souligner que 12 des 40 entreprises du CAC 40 ont fait de même : Lafarge en Suisse, Arcelor au Luxembourg, Airbus aux Pays-Bas, ou encore Solvay en Belgique. Sans oublier Burger King, qui a récemment déménagé au Canada après avoir acheté la chaine Tim Hortons.

"La concurrence fiscale entre les pays est une réalité", martèle-t-il, avant d’inviter les Etats à entamer une harmonisation fiscale :

La fusion Pfizer-Allergan doit toutefois encore recevoir le feu vert des autorités de la concurrence et notamment des régulateurs américains. Ce sera probablement la dernière occasion pour les autorités américaines de faire capoter l’opération.