Passe d'armes au Medef sur l'ISF

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Passe d'armes au Medef sur l'ISF
Christophe de Margerie et Pierre Gattaz@ Maxppp et Reuters
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Un vif débat a opposé le président Pierre Gattaz au PDG de Total, Christophe de Margerie.

La polémique. Un vif débat a éclaté vendredi en clôture de l'université d'été du Medef entre son président, Pierre Gattaz, et le PDG du géant pétrolier Total, Christophe de Margerie, au sujet de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le patron des patrons souhaite la suppression de cet impôt, qui selon lui pousse les talents créateurs d'emplois hors de France tandis que Christophe de Margerie voit dans cette demande un geste désastreux pour l'image du patronat.

Acte I : "supprimons l'ISF", lance Gattaz "Supprimons les impôts 'symboles' dogmatiques qui ne servent à rien d'autre qu'à décourager les investisseurs et les actionnaires", avait déclaré mercredi Pierre Gattaz, à la tête depuis juillet de la plus grande organisation patronale de France. "Supprimons l'ISF, supprimons la taxe à 75% sur les hauts revenus qui font tant de dégâts en France, en Europe et à l'international, pour notre image et pour l'attractivité de notre pays".

Acte II : "ce n'est pas un problème Medef", réplique de Margerie. Mais le patron de Total a profité, vendredi, de la tribune qui lui était offerte au cours de la dernière session plénière intitulée "Un monde qui bouge" et en présence de plusieurs intervenants étrangers, pour faire entendre un autre son de cloche au sein du patronat. Connu pour son franc-parler, Christophe de Margerie a publiquement critiqué Pierre Gattaz assis au premier rang d'un parterre de très nombreux entrepreneurs. "Ne demandons pas des choses qu'on ne peut pas obtenir", a déclaré le PDG du groupe pétrolier. "Ne faisons pas non plus de surenchère. Allez, Pierre, je vais te critiquer un peu en public. Non l'ISF ne peut pas être supprimé, tu le sais bien."
"L'ISF ce n'est pas un problème Medef, c'est un problème personnel", a poursuivi Christophe de Margerie. "Tu voulais dire que trop d'impôt tue l'impôt. On est bien conscient de cela. Mais il faut aussi faire attention parce que l'ISF est considéré comme un sujet très sensible et je crois qu'on n'a pas intérêt à le mettre en avant comme une priorité". "En ce moment toute phrase devient extraordinairement émotionnelle. Et toute chose est prise éventuellement à l'envers et à ce moment-là on va (croire) que la priorité des priorités des patrons c'est de supprimer l'ISF. Non, notre priorité c'est de contribuer à la richesse de l'économie française", a lancé Christophe de Margerie sous des applaudissements nourris.

Les réactions politiques ne s'étaient d'ailleurs pas fait attendre et le Premier secrétaire du PS Harlem Désir avait ironisé sur "la vision du Medef" devenue selon lui "SOS les riches".

Acte III : Gattaz persiste et signe. Montant à l'estrade pour le discours de clôture, Pierre Gattaz n'en a pas démordu. Au lieu du "Mes chères amies, mes chers amis" prévu dans le texte, il a dans un grand sourire commencé par un "Mon cher Christophe". "Est-ce que tel impôt, telle loi, telle décision crée de l'emploi et de la compétitivité ? Si c'est oui, il faut le garder, si c'est non, il faut le supprimer, c'est aussi simple que ça", a estimé le patron des patrons.

Acte IV : réconciliation autour d'un croissant ? Et Pierre Gattaz d'inviter son collègue à un petit-déjeuner mardi pour lui "expliquer que cet impôt est destructeur d'emplois parce qu'il explique pourquoi nous n'avons plus en France que 4.500 ETI par rapport à 12.500 en Allemagne". Les ETI sont des Entreprises de taille intermédiaire, qui comptent entre 250 et 4.999 salariés. Rendez-vous est pris et les deux hommes doivent même se voir dès lundi, a précisé à l'AFP M.de Margerie.

Le même jour, Pierre Gattaz rencontrera le ministre de l'Economie Pierre Moscovici. "Je vais tenter d'expliquer pourquoi l'ISF a conduit mes 20 concurrents et collègues français patrimoniaux depuis 30 ans à vendre leur société et pourquoi mes 40 concurrents-collègues patrimoniaux allemands sont toujours vivants et sont toujours en pleine forme", a déclaré Pierre Gattaz, faisait allusion à Radiall, son ETI familiale productrice de composants de haute technicité et fournisseur de Boeing et Apple notamment.

Pierre Gattaz et Pierre Moscovici avaient eu jeudi un débat au cours duquel le ministre avait tenté de rassurer les patrons, furieux de la hausse des cotisations prévue dans la réforme des retraites, en annonçant notamment une stabilisation des prélèvements obligatoires sur les entreprises en 2014.