Pascal Bruckner : "Les grands patrons ne devraient pas toucher de telles sommes"

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Le philosophe, auteur de La Sagesse de l’argent, est revenu sur les salaires des chefs d’entreprises des grands groupes. 

INTERVIEW

Dans un contexte social tendu, les salaires des grands patrons suscitent de nombreux débats. Dernière polémique en date : la rémunération perçue par Carlos Tavares, le PDG de Peugeot. Le patron du groupe automobile a gagné plus de 5 millions d’euros en 2015, soit près du double de l’année précédente. Le philosophe Pascal Bruckner, auteur de La sagesse de l’argent  (éd. Grasset), a lui vivement critiqué les rémunérations des grands patrons français.

"Ces salaires mirobolants sont perçus au nom d’une philosophie qui se veut libérale. Mais là, on n’est plus dans le libéralisme, mais dans le féodalisme financier. Au nom d’un capitalisme bien compris, ces grands patrons ne devraient pas toucher de telles sommes", a analysé le philosophe, interrogé mardi soir au Club de la presse d’Europe 1.

"La richesse d’une entreprise ne vient pas de son seul PDG." "Une majorité de Français juge choquant qu’un grand patron touche de tels bonus. Un ou deux millions d’euros par an est un salaire décent, on a du mal à verser des larmes. La richesse d’une entreprise ne vient pas de son seul PDG, mais du travail fourni par tous les salariés", a poursuivi Pascal Bruckner.

"Les grands patrons se comparent aux grands patrons étrangers." Le philosophe a également expliqué la différence de perception de ces grosses rémunérations entre les chefs d’entreprises et leurs salariés. "Les grands patrons ne se  comparent pas à leurs salariés, mais aux grands patrons américains, chinois ou indiens. Ils se disent : ‘si j’aligne trois millions par an, j’aurais l’air ridicule’. Donc il y a vraiment deux ordres de grandeur qui ne sont pas les mêmes", a constaté le philosophe.

"Une nouvelle aristocratie ?" "Mais une entreprise est-elle un monde commun où il doit y avoir une solidarité entre le salaire le plus élevé et le moins élevé ? Ou les grands patrons sont-ils partis dans une nouvelle aristocratie, une caste financière hors-sol qui ne répond qu’à des critères propres à elle-même ?", s’est finalement demandé Pascal Bruckner.