Mesures pour le climat : les Européens divisés

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Mesures pour le climat : les Européens divisés
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ENVIRONNEMENT - Les 28 pays de l'UE ne s'entendent pas sur le contenu du paquet Energie-climat 2030.

Fin 2015 se tiendra à Paris la Conférence internationale sur le climat. Ce n'est que dans un an mais si l'Europe veut peser dans la discussion, elle ne doit pas rater le coche du paquet Energie-Climat. Les chefs d'Etat européens se réunissent jeudi et vendredi afin de voter cet ensemble de mesures, autrement dit la feuille de route à laquelle devront s'attacher les 28 pays de l'UE afin de limiter le réchauffement climatique. Mais si les grandes lignes sont décidées, reste à les voter. Et là, les Européens ne sont pas tout à fait sur la même longueur d'onde. 

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Quels objectifs pour 2030 ? Le paquet Energie-climat contient trois chiffres. D'ici 2030, les chefs d'Etat européens envisagent de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, de passer à 27% la part d'énergies renouvelables dans le bouquet énergétique européen et améliorer de 30% l'efficacité énergétique.

Le vote n'est pas acquis. Trois chiffres, ça peut paraître peu mais c'est assez pour que les 28 pays de l'UE se divisent sur le sujet. La Pologne, qui produit 80% de son électricité avec du charbon, a déjà fait savoir qu'elle poserait un veto à un texte qui irait contre ses intérêts.

Le Royaume-Uni veut bien des objectifs chiffrés, mais non contraignants et il ne veut pas entendre parler d'efficacité énergétique. L'Allemagne, le Portugal et le Danemark veulent contraindre et souhaitent même hausser la part des énergies renouvelables à 30%. 

Enfin, plusieurs pays rejettent l'objectif de 40% de réductions de gaz à effets de serre s'ils n'obtiennent pas en échange des aides pour assurer leur transition énergétique.

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Pourquoi l'Europe doit montrer l'exemple. L'Europe reçoit en 2015 la prochaine Conférence internationale sur le climat. Une bonne raison de soigner sa politique énergétique. Mais elle a aussi un statut de précurseur à défendre. En plus d'avoir signé le protocole de Kyoto en 1998, l'UE a été le premier ensemble de pays à adopter en 2009 des mesures contraignantes en la matière. Il s'agissait alors du paquet Energie-climat 2020 : 20% de réductions de gaz à effet de serre, 20% d'augmentation d'énergies renouvelables et 20% de réduction de consommation d'énergie. 

Enfin, l'Europe représente le troisième pollueur mondial avec 11% des rejets de gaz à effets de serre, derrière la Chine (29%) et les Etats-Unis (16%).

Pollution voiture

© Reuters

Des économies pour l'Europe ?Selon un document produit par la Commission européenne en janvier, les énergies renouvelables sont une source d'enrichissement pour le Vieux Continent.  Ce rapport rapporte en effet que les énergies renouvelables "contribuent à réduire les coûts d’importations des carburants et à améliorer la balance commerciale de l’énergie".  Ne serait-ce que pour l'année 2010, 30 milliards d’euros ont ainsi été économisés sur la facture énergétique européenne, sans parler des nombreuses créations d'emplois générées par le développement des énergies vertes.

Une Europe indépendante de la Russie ? Les chefs d'Etat européens discuteront également de la sécurité énergétique du continent. Depuis la crise ukrainienne, la question de la dépendance de l'Europe à la Russie est en effet problématique. Mais quel rapport avec  les mesures Energie-climat ? Si l'Europe arrive à améliorer son efficacité énergétique, elle consommera logiquement moins de gaz russe. Selon une étude publiée par Ecofys, l'Europe peut réduire sa consommation de gaz d'un quart d'ici 2030, en améliorant l'isolation, les systèmes de chauffage et en utilisant plus les énergies renouvelables. 

Pour les ONG, c'est insuffisant. Plusieurs ONG ont appelé mercredi l'UE à être plus ambitieuse. Pour elles, le compte n'y est pas comme l'explique Armelle Le Comte d'Oxfam : "Ce qui se dessine est plutôt décevant car les objectifs en discussion ne sont pas compatibles avec la trajectoire limitant à 2°C la hausse globale des températures". "Nous défendons un objectif de réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 pour l'Union mais on est loin du compte", a-t-elle ajouté. 

Du côté de Greenpeace, on juge que "pour Paris 2015, l'Europe ne sera pas très crédible avec les objectifs actuels, ce qui est navrant".

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