Nucléaire : qui va accueillir les déchets ?

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Nucléaire : qui va accueillir les déchets ?
Image d'illustration.@ REUTERS
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La première réunion publique sur l'enfouissement des déchets se tient jeudi dans la Meuse.

Que faire de nos déchets radioactifs ? Depuis l'avènement des centrales nucléaires il y a 30 ans, la question n'a cessé d'être posée, sans jamais trouver de réponse satisfaisante. En France, l'agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) table désormais sur une solution simple : l'enfouissement en profondeur des déchets. Un projet de centre de stockage à Bure, dans la Meuse, où un laboratoire de recherche sur le sujet est déjà implanté, doit faire l'objet jeudi soir d'un débat public. Mais tout le monde ne voit pas d'un bon œil ce projet.

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© MAXPPP

C'est quoi, ce projet ? Imaginez un terrain de football de 10 mètres de haut, enfoui à plus de 500 mètres sous terre et permettant d'entreposer 80.000 m3 de déchets radioactifs. Ça, c'est le projet d'enfouissement Cigéo défendu par l'Andra. Pendant 100 ans, il doit permettre d'entreposer les déchets les plus radioactifs issus de la filière nucléaire. Et une fois rempli, il sera scellé pour l'éternité.

La seule solution, selon les experts. Si l'Andra a choisi une solution radicale, c'est que la gestion des résidus nucléaires est très difficile. Impossible en effet de s'en débarrasser comme de simples déchets : certains restent radioactifs à des niveaux dangereux pendant des centaines de milliers d'années. "Plusieurs axes de recherches ont été étudiés, sans succès. En France et à l'étranger, les pays qui ont à gérer les déchets du même type s'orientent vers le choix du stockage géologique", explique Thibaud Labalette, directeur des programmes de l'Andra. Effectivement, comme la France, la Suède, la Finlande, les Etats-Unis, la Chine et d'autres encore ont choisi d'enfouir leurs déchets nucléaires.

Une manne financière. Dans les rangs des défenseurs du projet, on met en avant les atouts économiques. La construction puis la gestion du site devraient assurer à la région un millier d'emplois directs pendant plus de cent ans. Inespéré, estime Jacky, le propriétaire de l'auberge du Père Léon à Bure : "Aujourd'hui, si l'on n'a pas ce laboratoire, on crève", explique-t-il au micro d'Europe 1. "Il n'y a plus rien ici, on a cinquante ans de retard", regrette-t-il. Selon lui, l'aboutissement de Cigéo permettrait au contraire de reprendre "100 ans d'avance".

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© MAXPPP

Des subventions pour les communes… Du côté des élus, on se félicite également des retombées financières. Car en plus de l'activité générée par le projet, le laboratoire, construit en 2000, rapporte chaque année aux communes une subvention de 600 euros par habitant. "Une commune comme la notre, avec 380 habitants, ça nous fait 150.000 euros par an", se félicite Jean-Louis Rolin, adjoint au maire d'Houdelaincourt, village voisin de Bure. "Cela nous a permis de mener à bien notre évacuation des eaux usées. D'autres ont pu refaire leur église, leur salle des fêtes... Cela permet aux habitants d'envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité."

… Qui font grincer des dents. La perspective de ce tombeau radioactif enfoui sous la terre ne plait pas pour autant à tout le monde. C'est le cas notamment du curé de la paroisse, Pascal Leseur. "Ce qui nous gêne, c'est que l'on a acheté les consciences avec un foisonnement d'argent", s'inquiète-t-il. "On a l'impression d'enfouir quelque chose de très dangereux, d'autant qu'on ne sait pas comment bougera la terre. Cet argent nous pousse à choisir le silence…"
09.03 Des manifestants contre la nucléaire ont organisé une chaîne géante. 930620

© Max PPP

Peut-on encore faire marche arrière ? Pour l'heure, rien n'est gravé dans le marbre. Les débats, qui débutent jeudi soir, s'étaleront jusqu'au 15 octobre. La Commission nationale du débat public devra ensuite rentre ses conclusions sur le projet. C'est seulement après que l'Andra pourra faire la demande formelle de création du centre d'enfouissement. Mais en dépit de tous ces garde-fous, il y a peu de chances que l'agence renonce à son projet. La loi n° 2006-739, adoptée il y a sept ans et qui porte sur la gestion des déchets nucléaires, a défendu la mise en exploitation en 2025 d'un centre de stockage en profondeur.