Montebourg s'inspire des "States" mais...

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Montebourg s'inspire des "States" mais...
Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a annoncé jeudi sur le site internet des Echos le lancement d'un programme de relocalisation en France d'activités industrielles, visant 300 entreprises, doublé d'un outil pour calculer les avantages financiers d'une telle démarche.@ Philippe Wojazer / Reuters
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ZOOM - Le ministre veut relocaliser 300 entreprises en France en copiant Obama. Ou presque.

L'INFO. Comment Arnaud Montebourg entend-il "relocaliser 300 entreprises" en France ? En s'inspirant tout simplement de l'Oncle Sam. "La politique du président Obama a un succès éclatant. Les résultats sont spectaculaires. En un an, les États-Unis ont relocalisé 50.000 emplois", s'est enthousiasmé le ministre du Redressement productif, dans une interview au journal Les Echos parue vendredi. Et lui d'énoncer une série de mesures importées d'outre-Atlantique : création d'un service qui expliquera aux entreprises pourquoi c'est bien d'investir en France, lutte contre les blocages administratifs, création d'un fond de soutien à l'innovation… Mais est-ce vraiment cela qui a permis de créer des emplois aux États-Unis ? Pas sûr. On vous explique.

Barack Obama et ses ministres

© REUTERS

• Ce que Montebourg entend par "la politique du président Obama". "Son programme a aidé les plus grandes sociétés américaines à calculer le meilleur endroit - l'Amérique - pour produire en fonction de la nouvelle donne mondiale", a détaillé le ministre. Et Arnaud Montebourg de souligner les atouts des États-Unis face aux pays émergents dans une économie mondialisée en évolution : "le coût des énergies, le prix du foncier, le coût du travail, qui a augmenté dans les pays émergents, le prix des transports et de la logistique qui monte."

• Ce qu'il a annoncé précisément pour la France. "Nous créons un programme semblable de relocalisation. L'Agence française des investissements internationaux (Afii) va ainsi offrir gratuitement aux entreprises qui le souhaitent un nouveau service en leur permettant de calculer les avantages de tous ordres à relocaliser des activités", a-t-il annoncé dans les colonnes du quotidien économique. Le ministre a également indiqué que le gouvernement allait "examiner toutes les demandes, au cas par cas, de blocages administratifs ou réglementaires qui ralentiraient ou gêneraient tel ou tel investissement". Enfin, Arnaud Montebourg a annoncé la création d'"un fonds de 150 millions d'euros pour l'innovation de rupture, afin d'aider les entreprises qui prennent des risques".

Pris de court Montebourg ?

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© LE PARISIEN

• Des annonces justifiées mais… Les annonces d'Arnaud Montebourg ne sont pas dénuées d'intérêt. Un récent article du magazine The Economist, intitulé "Moving back to America", expliquait en effet que les grandes entreprises, notamment manufacturières, avaient une tendance embryonnaire, mais réelle, à relocaliser aux "States".  Les raisons : un boom croissant des salaires dans les pays émergents, qui poussent les entreprises à revenir vers des pays développés où la sécurité, les infrastructures, et la logistique sont meilleures.  "Aux alentours de 2015, les fabricants ne feront plus de différence entre une localisation en Amérique ou en Chine, en ce qui concerne la production destinée à la consommation aux Etats-Unis", décryptait Hal Sirkin du Boston Consulting Group dans cet article. De quoi justifier l'enthousiasme d'Arnaud Montebourg et ses nouvelles annonces.

• … Montebourg  n'a-t-il rien oublié ? Le ministre du Redressement productif ne dit pas tout. Dans les atouts des États-Unis, ce dernier mentionne bien "le coût des énergies" et celui "du travail". Or, aucune trace de ces "atouts" dans les mesures annoncées pour la France. "Aux États-Unis, le mouvement se fait grâce à la chute du prix de l'énergie et un temps de travail qui n'est pas le même qu'ici...", ne manque d'ailleurs pas de lui faire remarquer le journal Les Echos en fin d'interview. Pris de court Montebourg? "La question des 35 heures est derrière nous et n'intéresse pas les partenaires sociaux ", esquive-t-il. Et de conclure : "Quant à l'énergie, le président a donné son accord à la recherche technologique d'autres méthodes d'extraction du gaz de schiste que la fracturation hydraulique". Méthodes qui, pour l'heure, n'émergent pas. Et dont les États-Unis se passent allégrement, quitte à faire passer l'écologie au second plan. Résultat : pendant que la France se pose des questions, les gaz conventionnels ont déjà généré 600.000 emplois rien qu'en 2010. Et Barack Obama en attend 600.000 autres d'ici 2020.