Macron, Le Pen, deux visions de l’économie

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Macron, Le Pen, deux visions de l’économie
Emmanuel Macron et Marine ont deux projets économiques très différents.@ AFP / Montage Europe 1
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Deux conceptions de l’économie s’opposent au second tour de l’élection présidentielle. Emmanuel Macron et Marine Le Pen affichent des priorités radicalement différentes.

ON DÉCRYPTE

Opposition de styles, de parcours, de visions : le second tour de l’élection réserve un duel entre deux candidats radicalement différents. Le débat de l’entre-deux-tours, diffusé mercredi sur TF1 et France 2 et en direct sur Europe 1, doit servir à mettre en lumière les nombreuses divergences entre les programmes d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Les deux prétendants à l’Élysée s’affronteront notamment sur les questions économiques, un domaine où ils n’ont pas grand-chose en commun (voir l’encadré).

Marine Le Pen : rendre aux Français ce qui leur aurait été enlevé

  • La philosophie du programme

Le projet de Marine Le Pen repose sur une double action : défendre et protéger. En 22 pages de programme, on trouve 10 occurrences des dérivés de "défense" et 16 de "protection". Deux principes synthétisés dans une formule au début de son livret : "Restituer au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique)". Avec en point d’orgue, la sortie de l’euro et de l’Union européenne.

Protection contre la concurrence déloyale. A travers ses dizaines de mesures, Marine Le Pen se pose en mère protectrice d’une France au plus mal. Une mère qui veut "rendre aux Français" (six mentions dans son programme) ce qui, selon elle, leur a été enlevé. La protection promise par Marine Le Pen est notamment conçue comme un rempart contre l’Union européenne et la mondialisation. La lutte contre la concurrence déloyale est un de ses chevaux de bataille.

  • Les mesures concrètes

En pratique, cela se traduit par des mesures visant à réinstaurer un état antérieur jugé comme plus bénéfique. Dans le cadre de son "protectionnisme intelligent", Marine Le Pen veut "mettre en place un plan de ré-industrialisation", "réserver la commande publique aux entreprises françaises", notamment aux PME, "contrôler les investissements étrangers qui portent atteinte aux intérêts nationaux", "fixer l’innovation en France", "soutenir le ‘Fabriqué en France’ par un étiquetage obligatoire", etc. On le comprend, la France, mentionnée 36 fois en 22 pages, est au cœur du projet de la candidate frontiste.

Des mesures… de gauche. Mais plus que la France comme entité, Marine Le Pen s’adresse aux Français(es). Celle qui se présente comme la "candidate du peuple" dans ses meetings mentionne 51 fois ses concitoyens dans son programme. Pour leur parler, la candidate soutenue par le Front national s’exprime sur le registre de la protection. Elle propose par exemple de supprimer la directive sur les travailleurs détachés et de "mettre en place une taxe additionnelle sur l’embauche de salariés étrangers afin d’assurer la priorité nationale à l’emploi des Français".

Marine Le Pen s’engage à améliorer la vie des Français avec un paquet de mesures sociales : revalorisation du minimum vieillesse, instauration d’une prime de pouvoir d’achat pour les ménages les moins aisés, baisse de 5% des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, création d’un "bouclier social pour les indépendants", relèvement du plafond du quotient familial, "maintien de la durée de travail à 35 heures"… Autant de propositions qui ne dépareilleraient pas dans un programme de gauche. Mais tout cela a un coût : plus de 120 milliards d'euros par an, sans compter la sortie de l’euro, selon l’Institut Montaigne.

Emmanuel Macron : redonner confiance aux Français

  • La philosophie du programme

Le projet économique d’Emmanuel Macron ne relève pas de la même philosophie. Le candidat d’En Marche! entend donner à chaque Français (il s’adresse à eux 29 fois en 29 pages) les clés pour réussir par soi-même et ainsi libérer le potentiel de chaque travailleur. D’où une série de mesures visant à encourager l’esprit d’entreprise, alléger les contraintes administratives et simplifier les parcours professionnels. Il ne s’agit pas seulement de protéger les Français mais aussi de leur fournir un tremplin. "Je veux redonner à chaque Française et chaque Français confiance en eux, confiance en la France et dans notre capacité collective à relever nos défis", écrit Emmanuel Macron.

Une "République contractuelle". Une vision que l’ancien ministre de l’Économie a résumée lors de son discours au Paris Event Center le 1er mai en proposant une "République contractuelle conjuguant la liberté et la protection". Comprendre par là un État qui offre à chacun la chance de réussir avant de se désengager progressivement. Emmanuel Macron prône donc une société "libérée des carcans et des blocages" afin que les Français "se lancent, tentent, prennent des initiatives, quitte à les aider à rebondir s’ils échouent".

  • Les mesures concrètes

La réforme du travail voulue par Emmanuel Macron est symbolique de son projet. Il souhaite d’une part "simplifier le droit" en réduisant le Code du travail aux grandes normes fondamentales, le reste étant confié à la négociation collective par secteur et par branche. Une façon d’alléger la charge administrative qui pèse sur les entreprises. D’autre part, le candidat d’En Marche! veut faire de l’assurance-chômage un "droit universel" et lancer un "plan inédit pour la formation et la qualification de nos concitoyens les plus fragiles (un million de jeunes et un millions de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés)". De quoi donner les armes nécessaires aux Français pour affronter un monde du travail en plein bouleversement.

Moderniser la France. La notion de travail libéré apparaît à sept reprises dans son programme. Cela passe concrètement par des allègements de charges pérennes et une réduction de l’impôt pour les entreprises, une réduction des cotisations payées "par les salariés, par les indépendants et par les fonctionnaires" et le retour de l’exonération des heures supplémentaires.

Par ailleurs, le plan d’investissement de 50 milliards d’euros dans les transports, le numérique (couverture en très haut débit de l’ensemble du territoire), la qualification et la transition écologique, voulu par Emmanuel Macron, doit permettre de dégripper la machine : moderniser le système pour faciliter les mobilités. Le régime de retraite unique que préconise l’ancien ministre participe de cette logique. Ce changement de système doit permettre à chacun de naviguer entre les différents métiers plus facilement, sans se soucier de sa retraite.

Macron qui défend et Le Pen qui libère, c’est (un peu) vrai aussi

C’est peu dire que les projets économiques d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen ne se ressemblent pas. Cependant, les deux axes qui structurent leurs programmes ne sont pas exclusifs. Marine Le Pen propose aussi une poignée de mesures pour libérer l’économie : baisse de l’impôt sur les sociétés pour les petites entreprises, allègement de la complexité administrative et fiscale pesant sur les TPE-PME, faciliter l’accès au crédit des petites et très petites entreprises, etc.

De même, Emmanuel Macron propose aussi des mesures pour une société "protectrice des plus faibles" : prime de 100 euros nets par mois pour les "smicards qui bénéficient de la prime d’activité", charges alourdies pour les entreprises qui "recourent exagérément aux contrats courts" afin de réduire la précarité, augmentation du minimum vieillesse de 100 euros par mois, etc.