Les producteurs laitiers veulent faire le siège de Lactalis

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Pris à la gorge par un prix d'achat du litre de lait au plus bas, les éleveurs du Grand-Ouest comptent faire plier le numéro un mondial en employant la manière forte.

ENQUÊTE EUROPE 1

Ils promettent une action spectaculaire. Les producteurs de lait du Grand-Ouest vont faire route ce lundi vers Laval (Mayenne), où se trouve le siège du géant Lactalis, premier groupe laitier mondial. Les producteurs s'estiment étranglés par les prix d'achat au litre et ont l'intention de camper sur place jusqu'à ce que Lactalis leur offre un juste prix.

Prix d'achat moins élevé que ses concurrents. Lactalis a annoncé en juillet qu'il allait désormais acheter le lait 256 euros les mille litres aux fournisseurs, ce qui fait de lui le plus mauvais payeur. Ses concurrents Danone, Sodiaal ou Bel payent 10 à 30 euros de plus. Lactalis se justifie en faisant référence à la réalité du marché et à la fin des quotas laitiers, en avril 2015, qui a provoqué un effondrement des prix mondiaux.

Pour le géant, les producteurs doivent "s'estimer heureux" car ce prix reste plus élevé qu'ailleurs en Europe. Une réalité. Les producteurs allemands, par exemple, sont moins bien rémunérés. Une différence qui s'explique notamment parce que le lait des fermes françaises reste majoritairement destiné au marché intérieur et profite d'une valorisation plus importante. L’écart avec les pays du nord tient aussi au fait que ces pays ont davantage anticipé la fin des quotas laitiers en modernisant leurs exploitations. 

Aucune marge de discussion. Mais au-delà de la question pécuniaire, le géant industriel symbolise aux yeux des éleveurs français les excès de l'expansionnisme bâti sur le rapport de force. Ils en veulent à Lactalis d'avoir construit son empire à coups de rachats de laiteries un peu partout en France, de s'être constitué ici ou là des positions dominantes dans la collecte du lait et d'imposer aux éleveurs des contrats de fourniture draconiens, sans aucune marge de discussion.

Secret. Ils dénoncent aussi l'opacité du leader mondial, avec un chiffre d'affaires de 16 milliards d'euros mais qui ne publie pas pour autant ses résultats. A l'image du silence du PDG du groupe, Emmanuel Beignet, petit-fils du fondateur, qui n'a jamais accordé la moindre interview. Lactalis cultive le secret et se montre peu enclin au dialogue.