Les prévisions économiques, "un travail de minutie"

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Les prévisions économiques, "un travail de minutie"
Christophe Barraud surveille toute la journée tous les indicateurs économiques des régions dont il a la charge.@ DR
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INTERVIEW - Christophe Barraud, économiste français, a été élu meilleur prévisionniste de 2013 pour les USA, sans y être jamais allé.

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L’INFO. Les prévisions économiques rythment la vie des pays occidentaux, ceux qui les réalisent sont donc attendus et écoutés. Le site financier Bloomberg a dévoilé son classement 2013 des meilleurs prévisionnistes du monde. Les économistes qui se trompent le moins sont récompensés pour leur flair et leur travail acharné sur une zone géographique. Surprise : un Français a été désigné parmi les meilleurs du monde.

>>> Christophe Barraud, chef économiste français chez Market Sécurities à Paris, s’est vu décerner le titre de meilleur prévisionniste pour les Etats-Unis. Une consécration pour celui qui n’a jamais mis les pieds dans le pays de l’Oncle Sam.

Comment êtes-vous devenu prévisionniste ?

Christophe Barraud : Mon premier rapport à l’argent date de mes 10 ans, lorsque je suis allé voir les courses hippiques avec mon père. En grandissant, je me suis posé la question de savoir quelle stratégie mettre en place pour avoir des gains. J’ai commencé par essayer des modèles simples, comme savoir si on gagne plus d’argent en pariant toujours sur le favori ou toujours sur l’outsider.

Ce ne sont pas les mêmes modèles mais c’est la même intuition qui m’a attiré dans l’économie. Au cours de mes études, on m’a proposé de travailler sur l’immobilier américain chez Dexia Securities en 2009, juste au moment de la crise. L’idée était de savoir quels indicateurs il fallait regarder pour avoir une tendance à moyen ou long terme pour détecter les signaux de redressement.

Progressivement, j’ai élargi mon spectre parce qu’une fois qu’on comprend comment fonctionne l’immobilier américain, on a une bonne idée de comment fonctionne l’économie du pays. Maintenant, je travaille sur l’ensemble des données, donc le PIB, la confiance des consommateurs, etc.

Pourquoi avez-vous été meilleur que les autres en 2013 ?

C.B. : Je pense que c’est lié au fait que j’ai passé énormément de temps sur les statistiques américaines, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde. La première étape est de connaître toutes les statistiques existantes et là dessus je pense que je suis très au point.

Ensuite, c’est un travail de minutie. Beaucoup de facteurs peuvent rentrer en compte pour prévoir une donnée. Sur le marché de l’emploi, des grèves peuvent provoquer de grands changements. Aux Etats-Unis, en août 2011, les employés de Verizon ont fait grève, ça a fait 45.000 personnes à l’arrêt, ce qui a fortement impacté les chiffres de l’emploi. Il faut donc suivre la presse au jour le jour, c’est capital.

Enfin, je m’intéresse à un paramètre sous-estimé par beaucoup : la météo. Elle a une grande importance pour les ventes au détail d’une part mais aussi pour les mises en chantier. On est souvent surpris de l’impact que peuvent avoir une tempête ou des chutes de neige à un moment précis.

Moi, c’est quelque chose qui me passionne. Je fais ça toute la semaine, y compris le samedi et le dimanche, ça m’amuse de lire des articles sur ces sujets.

Vous avez été élu meilleur prévisionniste, pourtant vous n’êtes jamais allé aux Etats-Unis ?

C.B. : Oui, ça peut paraître étrange, mais c’est le cas. Maintenant je pense que je suis un peu obligé d’y aller (rires). Cela dit, je crois que c’est un avantage de ne pas être issu du pays sur lequel on travaille : cela évite d’être parasité. On entend pas le discours du commerçant du coin qui dit que ça ne va pas.

Par exemple, nous Français, on est extrêmement pessimistes et ça contamine les prévisions. Ces dernières années les prévisions faites par les Français ont toujours sous-estimé la croissance du pays ou le PIB. Le fait de ne jamais être allé aux Etats-Unis et de ne pas y vivre est un avantage parce que je suis neutre. D’ailleurs, dans le classement de Bloomberg, sur les dix premiers, la moitié ne sont pas américains.