Les paysages peuvent-ils booster l’économie française ?

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Les paysages peuvent-ils booster l’économie française ?
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ECONOMIE - Un rapport rendu lundi à Ségolène Royal  préconise de développer la politique des paysages. Mais pour quels bénéfices ? 

Valoriser les paysages de France, voilà ce que propose un rapport rendu lundi au ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Son auteur, le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), juge que la France, gâtée en la matière, laisse ses paysages se dégrader. Europe 1 a contacté Denis Clément, un des auteurs du rapport et Philippe Béringuier, géographe et maître de conférence à l’université de Toulouse pour comprendre de quelle manière nos paysages peuvent être une source de richesses.

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Les paysages touristiques rapportent gros. 83 millions d’étrangers et 90% des vacanciers français visitent l’Hexagone chaque année. Leur première motivation ? La beauté de nos paysages selon le rapport : "n'entend-on pas parler de l'attrait des champs de lavande de Provence et des nuages de la Beauce pour les touristes chinois et de l'attirance qu'exercent le Périgord ou la Normandie sur les Anglais, l'Ardèche sur les Hollandais ?". Le rapport rappelle que deux millions d’emplois et 7% du PIB dépendent du tourisme en France. Et les étrangers dépensent chaque année 36 milliards d’euros. 

Le pont du Gard "vaut" 139 millions. Si elle est difficile à quantifier, la valeur de quelques uns de nos paysages touristiques a été calculée par les auteurs du rapport. Le pont du Gard, avec son million de visiteurs annuels, pèse 139 millions d’euros et 1.209 emplois. Le Puy-de-Dôme, visité chaque année par 430.000 touristes, génère pour sa part 77,5 millions d’euros de retombées économiques ainsi que 696 emplois. 

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La beauté des paysages, carte de visite des territoires. Quand les personnes recherchent un emploi ou un lieu d’emménagement, "elles sont dans leur majorité préoccupées par la qualité des paysages et l’absence ou non de bruits", explique à Europe 1 Denis Clément, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts et un des auteurs du rapport. Ce n’est pas pour rien que des villes ou des départements se basent sur leurs paysages pour faire leur promotion auprès du grand public. C’est ainsi qu’une "belle" vue de la fenêtre d’un appartement augmentera automatiquement la valeur de ce dernier. 

Un beau paysage et la Sécu fait des économies ? Et ce ne serait pas tout. "Le paysage a une influence sur le moral des gens sur le moyen et le long terme. Lorsqu’il y a une absence de soin apporté au cadre de vie, les populations concernées peuvent ressentir un mal-être. À l’inverse, un paysage de qualité favorise les ressources humaines, le dynamisme, la créativité, le bon fonctionnement d’une société", analyse Denis Clément.  En gros, un paysage dégradé favorise la dépression et c’est la Sécu qui casque. La faute, selon Denis Clément, aux "politiques d’aménagement qui ne prennent en compte que le court terme. Par exemple, la construction des barres HLM dans les années 1970", ajoute Denis Clément. Le géographe Philippe Béringuier, s'il est d'accord avec le rapport dans son ensemble, rappelle cependant que "le paysage a toujours été le résultat de l'économie". "Les activités agricoles, industrielles façonnent nos paysages. Prenez par exemple le canal du Midi", explique-t-il. Cet aménagement, construit pour le court terme et répondant à des injonctions économiques, est finalement devenu sur le long terme un paysage touristique.

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Des bénéfices durs à chiffrer. Au-delà du poids de grands sites touristiques, les économistes du paysage peinent cependant à trouver une valeur monétaire aux coûts et aux bénéfices d’un paysage. Pour faire simple, voir la mer vous rend heureux. Comment chiffrer en euros cette sensation de bonheur ? Vous l’aurez compris, les chercheurs se cassent la tête et les modèles mis en place restent pour l’instant fragiles.

Les paysages urbains, des mal aimés. Par conséquent, "vu qu’aujourd’hui, on ne retient que ce qu’on chiffre, les paysages sont mis de côté", explique Denis Clément. L’appréciation des paysages "est vue comme subjective et culturelle. Par conséquent, les responsables ne veulent pas le prendre en compte", note l’ingénieur. 

Les milieux urbains et périurbains ont été particulièrement brutalisés rappelle Philippe Béringiuer : "les villes s'étalent avec un système de zonages (habitation, travail, commerces) mais cela accroît les distances". Le résultat, c'est une aberration économique selon Denis Clément : "l’extension des villes représente un coût important en transports et en réseaux d’électricité. Les villes devraient se densifier plutôt que de s’étaler".

Les paysages ruraux abandonnés. Les paysages ruraux ne sont pas épargnés. D’un côté, quand ils sont proches d’une ville, ils sont victimes de "mitage". De l’autre, ils peuvent être abandonnés car jugés trop difficiles à cultiver. Pour Denis Clément, ce n’est pas une fatalité : "La vallée de la Bruche, dans les Vosges, a été victime de cette désaffection. Les prairies se sont alors reboisées. Les villageois se sont sentis abandonnés, enfermés dans leurs villages. Un élu local a alors décidé de faire défricher par les habitants eux-mêmes et d’inciter financièrement des agriculteurs à s’installer". 

La volonté des politiques avant tout. Pour Denis Clément, la valorisation des paysages doit passer par un changement de méthode : "Le paysage doit être pris en compte lors de nouveaux aménagements. Il existe une science paysagère prête à collaborer avec les ingénieurs et les architectes". Mais il en appelle aussi aux responsables politiques. Sans leur impulsion, rien ne changera selon lui.

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