Les patrons hostiles à la prime de 1.000 €

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Les patrons hostiles à la prime de 1.000 €
Jean-François Roubaud s'est agacé? jeudi sur Europe 1, que l'Etat veuille gérer les affaires des entrerprises.@ Europe 1
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Medef et CGPME s’opposent à la proposition d’octroyer une prime liant salaire et dividendes.

C’est une proposition qui se veut en faveur des salariés et qui est loin de convaincre les patrons. Le Medef comme la CGPME ont oscillé jeudi matin entre hostilité et incompréhension après que François Baroin a évoqué la veille, la possibilité que les entreprises bénéficiaires distribuant des dividendes, octroient une prime de 1.000 euros à leurs salariés. Un moyen selon le gouvernement de mieux répartir les richesses entre les actionnaires et les salariés d’une entreprise.Une proposition maintenue et même renforcée jeudi midi par le ministre du Budget.

Il a ainsi fait valoir que "la priorité du gouvernement, c'est améliorer le pouvoir d'achat des Français" et que "la seule parole politique (...) ne semble pas suffire pour encourager à mieux répartir la richesse des entreprises". François Baroin a poursuivi : "on n'est pas dans une économie administrée, c'est un gouvernement d'inspiration libérale". Il a assuré que l’État n'allait "rien imposer en tant que tel", mais "favoriser la négociation". Quant au montant de la prime envisagée, ce sera "le sens de la négociation", selon le ministre.

Laisser le travail aux patrons

Auparavant, le projet de prime avait clairement reçu la désapprobation des représentants patronaux. "J'en ai assez de voir que l’État s’occupe de gérer nos entreprises. Il faut laisser ce travail aux patrons", a réagi jeudi matin Jean-François Roubaud, président de la CGPME, sur Europe 1.

"On doit gérer nos investissements, nos salaires, ce sont des problèmes qu’on a tous les jours comme chefs d’entreprise" :

Laurence Parisot, la présidente du Medef, a manifesté le même agacement sur Canal + : "c'est un bon truc des (responsables) politiques (...) de dire ‘le dialogue social, cela ne marche pas’, alors que, selon elle, "dans chaque entreprise, chaque année, c'est obligatoire, c'est la loi, il y a des négociations entre les syndicats et les représentants du personnel (...) et la direction de l'entreprise. A l'issue de cette discussion, il y a dans la plupart des cas un accord (...) qui donne les grandes lignes en matière d'augmentation de salaires". Pas besoin donc, à l’en croire, de mettre en place une prime obligatoire.

Jean-François Roubaud insiste par ailleurs sur le fait qu’une prime de 1.000 euros serait incongrue alors que "dans les très petites entreprises, on distribue des primes très régulièrement". Pour lui, le principe de l’intéressement "a la souplesse qu’il n’y pas dans la participation". "Dans les PME, on distribue peu de dividendes mais on a déjà pour habitude de distribuer des primes de résultat quand on le peut", a souligné le président de la CGPME dans Le Parisien.

Anti PME et dangereux pour l’emploi

La prime proposée par le gouvernement est même risquée pour Laurence Parisot : elle serait "anti PME et anti TPE" (très petite entreprise). Pour la présidente du Medef, si une telle prime devait, par exemple, être versée dans une PME de 300 personnes, cela équivaudrait à 300.000 euros, ce qui est souvent l'intégralité du bénéfice d’une PME de cette taille. Un tel système serait "très dangereux pour l'emploi", a-t-elle estimé. Qui plus est, selon Laurence Parisot,les dirigeants de PME ont souvent dû s’endetter pour lancer leur projet et les dividendes sont alors leur seul moyen de rembourser leurs dettes.

Selon le président de la CGPME, la prime ne concernerait pas la majorité des PME : "la grande majorité des 1,650 million de PME font des résultats qui sont très faibles. La moyenne des salaires des patrons de ces entreprises c’est 4.000 euros par mois", a-t-il estimé, voulant par là souligner l’écart de ces rémunérations avec celles des patrons "des grandes entreprises", plus à même de mettre en place la mesure proposée par François Baroin. Et à l’approche de l’élection présidentielle, Jean-François Roubaud a estimé que la proposition du gouvernement était "sans doute" à visée électoraliste, afin de satisfaire les salariés. Manifestement pas les patrons.