Les maisons de retraite disent non à un comparateur de prix

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Les maisons de retraite disent non à un comparateur de prix
@ PHILIPPE HUGUEN/AFP
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TRANSPARENCE - Le gouvernement souhaite en créer un pour permettre de mieux informer les clients et faire baisser les prix.

Ce n’est pas parce qu’elles s’occupent des personnes âgées qu’elles sont gâteuses. Bien au contraire, les maisons de retraite sont vent debout et ont engagé un bras-de-fer. L’objet de leur mécontentement ? La volonté du gouvernement de mettre en place un comparateur de prix pour instaurer plus de transparence et raviver la concurrence, afin de faire baisser les tarifs. Une mission impossible aux yeux des maisons de retraite, qui ont demandé un rendez-vous en urgence au ministère de la Santé.

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© AFP

Le constat : des prix très, voire trop, variables. Vieillissement de la population et allongement de l’espérance de vie obligent, les maisons de retraite ne cessent de se multiplier. Ce qui a poussé la Cour des comptes à se pencher sur ce secteur en 2013 puis en 2014, d’autant qu’elles sont en partie financées par de l’argent public. Son verdict était pour le moins mitigé, pointant une "forte dispersion des coûts sans autre justification (…) que le caractère historique de la tarification", des "indicateurs disponibles obsolètes", ou encore un "manque de référentiel".

En clair, les tarifs des maisons de retraites et des Ehpad restent obscurs, y compris pour les autorités publiques. La Cour des comptes illustre son propos par quelques exemples : en 2012, une année en foyer de vie coûtait entre 31.938 euros et 65.669 euros en Gironde. En Midi-Pyrénées, le tarif en Ehpad allait de 10.302 euros à 26.271 euros. Bref, les prix font le yoyo et les consommateurs peinent à s’y retrouver, tout comme les autorités publiques, qui subventionnent pourtant ces structures, qu’elles soient publiques ou privées.

La piste du gouvernement : un comparateur. La Cour des comptes recommandait donc fin 2014 "la mise au point rapide de référentiels de coûts des prestations" pour permettre aux agences régionales de santé de mieux négocier avec les maisons de retraite, mais aussi pour aider les consommateurs à y voir plus clair.

La secrétaire d’Etat chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l’Autonomie a présenté samedi sa solution : mettre en place en mai prochain un "comparateur de toutes les offres des maisons de retraite". Un site internet qui serait baptisé Pourlespersonnesagees.gouv.fr et aurait pour objectif d’instaurer plus de transparence. Et pour cause : "la transparence peut contribuer à réduire les prix. Beaucoup d'établissements privés se sont construits, ils sont chers et ne sont pas tous occupés à 100%", estime Laurence Rossignol.

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© NICOLAS TUCAT / AFP

Veto total des maisons de retraite. La riposte des intéressées n’a pas tardé : à peine informées, les maisons de retraite ont demandé en urgence un rendez-vous au ministère de la Santé. Et leur message est limpide : mettre en place un comparateur est à leurs yeux impossible. "Je suis tombée à la renverse parce que dans les établissements aujourd’hui, il n’y a pas un monoprix, on a plusieurs prix", s’insurge Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, le premier syndicat des maisons de retraite privées.

Et cette dernière de souligner qu’il est impossible de comparer ce qui n’est pas comparable : "on a des chambres simples à 20 m2, 25 m2, 30 m2, on a des chambres doubles, des chambres avec vue, des chambres sans vue. On a quand même quatre à cinq tarifs différents en fonction de la superficie de la chambre, en fonction du service et des espaces collectifs. Il n’y aura donc pas de comparateur de tarifs au mois de mai prochain. Ca, ce sera absolument impossible". Une affirmation à relativiser lorsqu’on regarde les comparateurs de billets d’avion ou encore d’hôtel, qui peuvent prendre en compte plusieurs critères à la fois.

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Le secteur privé propose une alternative. Pour ne pas être dans l’opposition systématique, le secteur privé des maisons de retraites propose une autre piste de réflexion, inspirée du système HLM. L’idée serait d’attribuer en priorité les places dans les établissements publics aux retraités avec les plus bas revenus. Une manière de préserver les plus nécessiteux et d’orienter les autres vers le privé.

Reste une équation difficile à résoudre : l’écart entre les revenus des retraités et le coût d’une place en maison de retraite. Pour l’Insee, "le montant moyen de la pension de droit direct, tous régimes confondus, s'établit à 1 288 euros mensuels en décembre 2012". Un chiffre à comparer avec le coût moyen d’un mois dans une maison de retraite médicalisée, estimé à 2.892 euros par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS).

Malgré cet écart, le secteur, encore dominé par le secteur public, est devenu un véritable eldorado financier. De grands groupes (Korian-Medica, Orpea) investissent  largement le secteur. Et les particuliers sont de plus en plus sollicités par des opérateurs pour investir dans les maisons de retraite avec la promesse d’une rentabilité entre 3,5% et 5% et de réduction d’impôt pouvant aller jusqu’à 11% des sommes investies.

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