Les magasins Dia, une fracture Nord-Sud ?

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Les magasins Dia, une fracture Nord-Sud ?
Les équipes d'Arnaud Montebourg, le ministre de l'Économie, et de Valérie Fourneyron (Commerce) reçoivent lundi des membres de la direction du groupe Dia.@ MaxPPP
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Les dirigeants du groupe de hard discount sont reçus à Bercy. Objectif : trouver un repreneur pour les magasins. Ceux du Nord comme du Sud…

Quel avenir pour les magasins Dia ? Les équipes d'Arnaud Montebourg, le ministre de l'Économie, et de Valérie Fourneyron (Commerce) reçoivent lundi des membres de la direction du groupe espagnol, qui veut céder sa filiale française. Le but : trouver le repreneur qui préservera le plus d'emplois dans l'Hexagone. Aujourd'hui, le groupe de "hard discount", comprendre distribution à bas coût, dispose de 865 points de vente en France, employant 7.000 personnes.

Et selon des sources syndicales, au moins deux groupes sont "activement intéressés" par une reprise : Casino et Carrefour. Mais pas sûr qu'ils ne soient intéressés par les 865 magasins. Car tous ne sont pas logés à la même enseigne…

Dia France va mal… Les ventes du réseau ont baissé de 11% l'an dernier et celui-ci a subi une perte de 18 millions d'euros. Il essuie ainsi de plein fouet le désamour des consommateurs hexagonaux pour le hard discount (-3% de part de marché depuis 2009) ainsi que d'une concurrence renforcée en France depuis quelques années. Et certaines régions subissent plus la crise que d'autre.

"Enlevez les 200 magasins DIA en région parisienne, dont 90 intra-muros, et les 300 unités dans le Sud, et il ne reste plus grand-chose" de solvable estime ainsi un expert cité par le magazine spécialisé LSA. Une note du cabinet spécialisé Kepler Cheuvreux évoque, elle, 300 magasins non rentables, notamment dans le nord de la France, soit 1.500 emplois menacés si aucun repreneur ne se manifeste. Et même s'il se manifeste, le risque de casse sociale n'est pas exclu, selon Thierry Coquin, délégué syndical central CGT, contacté par Europe1.fr.

Dia veut notamment se concentrer sur sa filière espagnole.

© Reuters

… Surtout dans "le Nord, le Nord-Ouest et le Centre". "Aujourd'hui, il y a deux cas de figures. Soit un repreneur ne décide de fermer que les magasins non rentables, et il y en a quelques uns partout en France (200, selon la CGT). Soit, pour des questions de logistique, il décide de fermer les magasins de toute une région non rentable. Et là, des centaines d'emplois, dans le Nord, le Centre et le Nord-Ouest, sont menacés, même s'il y a dans ces régions des magasins qui gagnent de l'argent", détaille le syndicaliste.

Car si la moyenne des magasins d'une région n'est pas rentable, le repreneur risque de décider de fermer l'entrepôt de la région. Et s'il ferme l'entrepôt, il risque de fermer tous les magasins des environs, pour éviter des approvisionnements trop long et trop coûteux.

Que cherche Casino ? Casino, qui possède déjà une filiale de hard discount, "Leader Price", souhaiterait donner "une vraie taille critique à Leader Price, fixée à plus de 1.000 magasins par Jean-Charles Naouri (actionnaire majoritaire)", selon LSA. Avec les 865 magasins Dia, plus les 134 points de vente Le Mutant en cours d’intégration ou d’affiliation et les magasins  Leader Price, Casino disposerait de 1.650 magasins de "hard discount" en France, devant Lidl et ses 1.570 points de vente.

Le hic, selon le magazine LSA : Casino devrait alors céder "une centaine de magasins" à Paris et dans certaines villes du Sud et du sillon rhodanien, pour éviter d'être sanctionné pour position dominante par l'autorité de la concurrence dans ces régions là.

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Que cherche Carrefour? Le groupe au logo rouge et bleu semble regretter sa scission avec Dia, dont il était l'associé, en France, jusqu'en 2011. Et pour cause, depuis cette date, la marque de hard discount a explosé dans des régions où Carrefour est absent : le Sud (300 magasins Dia) et l'Ile-de-France (200 magasins). Le problème : il n'est pas sûr que Carrefour soit intéressé par les autres magasins Dia. Et, comme l'analyse LSA : "transformer un réseau à vocation discount en magasins de type supermarchés ou supérettes pourrait se révéler très hasardeux".

Le salut venu de l'étranger ? Sans que personne n'ait encore confirmé l'information, le JDD affirme que le britannique Tesco serait également intéressé. "Le groupe possède les moyens de ses ambitions, avec 3,7 milliards d'euros de profits en 2013. Tesco a déjà pris pied sur le continent, avec plus de 2.000 implantations en Hongrie, Pologne, Tchéquie ou Turquie. Partir à la conquête de la France serait tout un symbole", explique le journal sans plus de précision.

Pour tenter d'y voir plus clair sur le nombre précis d'emplois menacés, y compris en cas de reprise de Dia France, les syndicats ont demandé une réunion d'information à la direction, qu'ils n'ont, selon nos informations, toujours pas obtenue. Ils rencontreront également le gouvernement vendredi après-midi, à Bercy.

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