Les intentions (économiques) de la droite pour 2017

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Les intentions (économiques) de la droite pour 2017
@ DOMINIQUE FAGET AFP
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COMPARATIF - Les principaux candidats à la primaire du parti Les Républicains ont précisé leur programme lors de l’université d’été du Medef.

L’échéance approche. A deux mois et demi de leur première primaire, les candidats du parti Les Républicains lèvent le voile sur leur programme. Une bonne partie d’entre eux étaient d’ailleurs invités les 30 et 31 août à l’université d’été du Medef pour y préciser leurs intentions en matière économique. Mais que propose exactement la droite ? Plusieurs grands axes se dégagent, même si chaque candidat à l’investiture pour la présidentielle tente de se démarquer.

FISCALITÉ

Un sujet met tous les candidats d’accord : la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF), maintes fois promise à droite et jamais initiée, ainsi qu’une baisse de la fiscalité sur les particuliers.

Nicolas Sarkozy met le paquet. L'ancien président promet une baisse de 10% de l'impôt sur le revenu, un "contre-choc fiscal" qu’il veut initier dès l'été 2017.  Il souhaite également défiscaliser les heures supplémentaires, même si ces dernières pourraient devenir moins fréquentes : le candidat souhaite passer à la semaine de 37 heures, ce n’est donc qu’au-delà que l’heure de travail serait mieux payées et moins imposée. L’ancien président de la République promet une exonération des droits de transmission jusqu’à 400.000 euros, la baisse de la fiscalité sur les revenus du patrimoine pour la ramener à 26% (cotisations sociales comprises) et le plafonnement à 33,3% du prélèvement forfaitaire libératoire sur les revenus fonciers. Dernier détail, et pas des moindres : l’annulation de la réforme instaurant le prélèvement à la source.

Alain Juppé en appelle à la raison. Il promet lui aussi une baisse de la pression fiscale, mais il est conscient que le futur président n’aura pas une marge de manœuvre totale. "Il faudra baisser les impôts, cela fait partie de mes priorités absolues. Mais attention à cette obsession des chocs qui parfois déstabilisent plus qu'ils ne réforment. Il faudra que ce plan soit ciblé et financé par des économies correspondantes", a prévenu le maire de Bordeaux. Ce dernier propose en outre d’abaisser l’impôt sur les sociétés à 30%, voire moins ultérieurement, et à 23% pour les PME.

Averti des difficultés comptables de la France, François Fillon estime lui aussi qu’il ne faut pas abaisser les impôts à tout prix : tout dépendra de la croissance. Il préfère alléger la pression fiscale sur les entreprises, compensée par une hausse de la TVA, et renforcer les déductions d’impôts pour les particuliers qui investissent dans des PME. Bruno Le Maire assure de son côté qu’il ne procédera à aucune hausse des impôts et évoque une baisse de la fiscalité sur les revenus tirés du capital à 25%.

La proposition la plus originale concerne l’instauration d’une "flat-taxe" : supprimer l’impôt progressif pour instaurer un taux unique, voire deux, ce qui simplifiera le système mais pourrait coûter plus cher aux classes populaires et moyennes alors qu’il allègerait la facture des plus fortunés. Hervé Mariton et Frédéric Lefebvre en sont notamment partisans.

DÉPENSES PUBLIQUES ET FONCTION PUBLIQUE

Ils sont tous d’accord pour couper drastiquement dans les dépenses publiques, entre 85 et 110 milliards d'euros. Ce qui ne passe pas par mille chemins : diminuer le nombre de fonctionnaires et les faire travailler plus longtemps.

Alors qu’Alain Juppé envisage de supprimer 250 à 300.000 postes, Bruno Le Maire évoque ainsi la suppression d’un million de postes et surtout un changement de paradigme : la garantie de l’emploi à vie. François Fillon préfère plutôt faciliter l’emploi de contractuel pour éviter l’embauche de nouveaux fonctionnaires, et insiste sur les collectivités territoriales : il veut supprimer deux des quatre échelons actuels et limiter leurs dépenses pour enrayer la "crise de l'Etat, la crise de la dépense publique".

Nicolas Sarkozy voit grand, très grand. Il promet de son côté une réduction de la dépense publique de 100 milliards d'euros, qui passerait par la suppression de 300.000 postes dans la fonction publique. 150.000 postes seraient issus de la fonction publique d’Etat et les 150.000 autres postes proviendraient des collectivités territoriales. Sauf que l’Etat n’a aucune autorité sur les effectifs des communes, départements et régions, et qu’aucun gouvernement n’a réussi à les obliger à réduire la voilure. C’est donc par une baisse des dotations, l’argent que l’Etat transfère chaque année aux collectivités pour financer certaines missions, que Nicolas Sarkozy souhaite les y contraindre. Est également évoquée la suppression du supplément familial de traitement, cette prime que touchent les parents fonctionnaires et qui font doublon avec les allocations familiales aux yeux du candidat.

Une dernière réforme revient fréquemment parmi les candidats : le rétablissement des jours de carence pour lutter contre l’absentéisme. L’une des propositions les plus originales concerne Jean-François Copé, qui souhaite geler l’avancement automatique des carrières.

EMPLOI ET DROIT DU TRAVAIL

Là aussi, certaines réformes font l’unanimité à droite : la suppression des 35 heures, du compte pénibilité et rendre les allocations chômage dégressives. La refonte du droit du travail est également partagée par tous, mais chacun a son idée sur les réformes à mener en priorité.

Bruno Le Maire et le CDD éternel. Actuellement troisième des sondages, Bruno Le Maire a proposé de supprimer toute limite pour le renouvellement des contrats à durée déterminée (CDD) – en échange d’une augmentation progressive de la prime de précarité - et d'instaurer des "emplois rebond", payés en-dessous du smic et destinés aux chômeurs les plus éloignés de l'emploi. Sans oublier un plafonnement des indemnités prud’homales.

François Fillon se focalise sur le droit du travail. L'ancien Premier ministre se fixe, lui, pour objectif de "ramener le chômage à 7%", ce qui n’est possible à ses yeux que par le biais d’une série de réformes : "ça veut dire une réforme du droit du travail immédiate, ça veut dire la libération du temps de travail, ça veut dire un code du travail de 150 pages qu'on est en train d'écrire", a-t-il précisé. Proposant de supprimer la durée légale du travail, François Fillon souhaite accorder une liberté totale aux entreprises pour négocier le temps de travail. Autre proposition : la création d'un statut de travailleur indépendant sans possibilité de requalification.

"Il faudra aller beaucoup plus loin que la loi El Khomri", explique aussi Alain Juppé, qui veut mettre fin aux 35 heures et partage avec François Fillon l’idée d’un nouveau type de CDI : le contrat prévoirait dès sa signature de nouveaux motifs légitimes de licenciement. Nicolas Sarkozy veut lui aussi faire sauter la barre des 35 heures hebdomadaires en autorisant les entreprises qui le veulent à passer à 37 heures. Ce chiffre deviendrait également la norme dans la Fonction publique, ceux qui le souhaitent pouvant même passer à 39 heures hebdomadaires. Autre réforme proposée : faciliter les licenciements économiques.

MONDE DE L’ENTREPRISE ET PRÉLÈVEMENTS SOCIAUX

Là aussi, un consensus se dessine sur la baisse des charges. François Fillon évoque une baisse de 50 milliards d'euros des prélèvements sur les entreprises et qui ne concernerait pas que les bas salaires. Nicolas Sarkozy évoque de son côté une baisse des charges sociales à hauteur de 34 milliards d’euros. 17 milliards proviendraient du CICE, qu’il souhaite supprimer pour le remplacer par "une baisse permanente des cotisations patronales". Dans un entretien aux Echos, il précise par ailleurs vouloir doubler le montant des exonérations de charges sur les bas salaires. Sont également évoquées : la suppression totale des charges sociales sur les emplois familiaux à domicile.

RETRAITE

C’est une double promesse qui n’est pas surprenante et revient chez presque tous les candidats : le report de l’âge légal de départ à la retraite, le plus souvent à 65 ans, et l’alignement du système de retraite public sur celui du privé.

C’est notamment le cas de Nicolas Sarkozy, qui veut aligner la méthode de calcul des pensions du public sur celle du privé, moins généreuse. Cette réforme ne serait néanmoins pas négative pour tous les fonctionnaires : ceux qui touchent de nombreuses primes y gagneraient. Quant à la retraite, il met la barre à 64 ans.

François Fillon propose en plus de supprimer les régimes spéciaux, tandis qu’Alain Juppé évoque un alignement du système de retraite public sur le privé uniquement pour les fonctionnaires embauchés à partir de 2018.  Plutôt que de réformer le système actuel, d’autres veulent en changer pour passer à une retraite à point, à l’image de Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet.