Les créanciers de la Grèce mettent de l'argent sur la table pour convaincre Athènes

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Les créanciers de la Grèce mettent de l'argent sur la table pour convaincre Athènes
@ PHILIPPE HUGUEN/AFP
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CRISE DE LA DETTE - Les négociations pour éviter un défaut de paiement grec sont encore loin d'être bouclées mais les créanciers d'Athènes viennent de proposer une extension de cinq mois du programme d'aide et 12 milliards d'euros d'aide pour convaincre le gouvernement Tsipras.

La partie de poker menteur entre la Grèce et ses créanciers se poursuit, alternant signes de bonne volonté et regain de tensions. Mais le temps presse pour éviter un défaut de paiement d'Athènes, qui doit rembourser près de 1,6 milliard d'euros au FMI le 30 juin. Dans ce contexte, les créanciers de la Grèce (FMI, BCE et Commission européenne) viennent de faire une nouvelle proposition pour éviter un nouveau blocage : une extension de cinq mois du programme d'aide et 12 milliards d'euros d'aide. A condition, bien sûr, qu'Athènes accepte une série de réformes et de mesures budgétaires négociées avec ses créanciers.

D'où viendraient ces 12 milliards ? Selon un document de négociation que l'AFP a pu consulter vendredi, les Etats de la zone euro proposent un paquet de 12 milliards d'euros d'aide, auxquels devraient s'ajouter 3,5 milliards d'euros du Fonds monétaire international. Les créanciers d'Athènes proposent également une extension de cinq mois du programme d'aide, qui doit lui aussi prendre fin le 30 juin.

Dans le détail, la zone euro pourrait mobiliser 10,9 milliards initialement prévus pour la recapitalisation des banques grecques, 1,8 milliard correspondant à la dernière tranche du plan d'aide de la zone euro et 3,6 milliards de bénéfices réalisés par la Banque centrale européenne (BCE) sur les obligations grecques rachetées en 2014 et 2015 dans le cadre de ses opérations exceptionnelles de politique monétaire. Soit un total de 16,3 milliards d'euros, dont seule une partie serait réservée aux banques grecques.

Une énième réunion de la dernière chance samedi. Une ultime réunion des ministres des Finances de la zone euro a été convoquée samedi et elle sera "cruciale", "décisive", "finale", pour reprendre les termes utilisés dans la nuit de jeudi à vendredi par les chefs d'Etat et de gouvernement européens. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'est brièvement entretenu vendredi avec la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande en marge du sommet européen de Bruxelles pour faire le point sur les négociation.

En effet, le dernier round de négociations s'est une nouvelle fois terminé sur une impasse : la Grèce estime avoir fait de nombreuses concessions et accuse ses créanciers d'intransigeance, et plus particulièrement le FMI. En face, ses créanciers jugent les propositions grecques trop optimistes : à leurs yeux, la hausse des impôts ne permettra pas un bond des rentrées fiscales et doit donc être accompagnée de réformes permettant des économies (retraite, fonction publique, etc.).

Si cette proposition fait bouger les lignes, la Grèce et ses créanciers devront se mettre rapidement d'accord : car même si toutes les parties arrivent à s'entendre, l'accord devrait être validé par plusieurs parlements nationaux. Le parlement grec pourrait se prononcer dimanche et le Bundestag allemand lundi, a suggéré une source européenne au fait des discussions. Beaucoup reste donc à faire, comme l'a rappelé le ministre allemand des Finances : "je ne dis pas quelle sera l'issue, c'est 50-50", a estimé vendredi Wolfgang Schäuble. En clair, l'hypothèse d'un défaut de paiement, voire d'une sortie de la zone euro, ne peut toujours pas être exclue.

Le ton n'est toujours pas apaisé. Dans la foulée de cette proposition, la chancelière allemande Angela Merkel a recommandé vendredi à la Grèce d'accepter cette "offre exceptionnellement généreuse". Un point de vue que ne partage visiblement pas Athènes.  Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a répliqué dans la foulée qu'il refusait "les ultimatums et chantage". Quelques heures plus tard, une source gouvernementale grecque enfonçait le clou en dénonçant "des mesures profondément récessives"  et un programme de financement sur cinq mois jugé "tout à fait insuffisant".