Les classes moyennes vont-elles si mal ?

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Les classes moyennes vont-elles si mal ?
@ THOMAS SAMSON / AFP
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Selon une étude de France Stratégie, elles résistent mieux en France qu’aux Etats-Unis. Mais leur avenir est incertain. 

Matraquées fiscalement, malmenées, menacées de disparition : à chaque élection nationale, les classes moyennes sont au cœur des débats politiques. Mais leur état de santé est-il si inquiétant ? France Stratégie s’est penché sur la question et a publié une étude jeudi. Partant du principe que ce qui se passe outre-Atlantique ne tarde pas à arriver en Europe, l’organisme public de réflexion et de prospective a voulu comparer le sort des classes moyennes en France et aux Etats-Unis. Une étude qui montre que si elles ont mieux résisté sur le Vieux Continent, leur sort au cours des dernières années fait craindre un scénario à l’américaine.

Classes moyennes : de qui s’agit-il ? Plusieurs définitions de cette notion coexistent. France Stratégies a donc privilégié la définition élaborée par le Pew Research Center afin de pouvoir comparer les classes moyennes américaines et françaises. Dans cette étude, les classes moyennes désignent donc les ménages dont tous les revenus – prestations sociales incluses et avant impôts - sont compris entre les deux tiers et le double du revenu médian. Plus concrètement, cela donne des revenus annuels compris entre 16.550 euros à 49.650 euros pour une personne seule.

Les classes moyennes résistent mieux en France qu’aux Etats-Unis. Les conclusions du rapport de France Stratégies sont claires : alors que les classes moyennes françaises sont restées stables, elles se sont sensiblement affaiblies outre-Atlantique. Et cela sur plusieurs tableaux : leur nombre a reculé et la part du gâteau qui leur revient a lui aussi diminué.

Le premier constat est démographique : alors qu’en France les classes moyennes représentaient les deux tiers de la population adulte en 2012, elles ne représenteraient plus qu’un Américain sur deux. Et si leur nombre a diminué depuis 1996 dans les deux pays, la baisse est bien plus prononcée aux Etats-Unis qu’en France.

Autre indice de leur meilleur état de santé en France : la part des richesses produites que les classes moyennes captent. En France, la classe détient ainsi 67,2% des revenus totaux dans le pays, contre 43,7% aux Etats-Unis. Alors qu’elles captent déjà moins de richesses que leurs homologues français, les classes moyennes américaines ont en plus vu leur situation se dégrader davantage : leur part est passée de 48,5% à 43,7% entre 1996 et 2012, alors qu’elle est passée de 71% à 67,2% en France. Résultat, alors que le revenu médian des classes moyennes américaines a stagné entre 1996 et 2012, il a progressé de 20% dans l’Hexagone.

Dit autrement, les classes moyennes américaines se sont appauvries au profit des plus riches, alors qu’en France elles ont évolué dans le même sens que les classes populaires et les classes supérieures. C’est d’ailleurs ce que montre le sort des plus riches des deux côtés de l’Atlantique : si ces derniers ne représentent "que" 20,3% de la population américaine, ils accaparent 47,3% des revenus. En France, cette classe pèse bien moins lourd (10,5% des actifs) et ne capte que 28,5% de la richesse.

La France menacée d’un scénario à l’américaine ? Si les classes moyennes résistent mieux en France qu’aux Etats-Unis sur le moyen terme, elles sont néanmoins menacées de connaître le même sort. En effet, leur évolution en France au cours des dernières années présente de nombreuses similitudes avec ce qui s’est passé outre-Atlantique : "érosion de la classe moyenne, baisse de son revenu médian et augmentation des inégalités" ont marqué les années 2009 à 2012.

"Il est encore trop tôt pour dire si cette inflexion n’est qu’un phénomène temporaire, lié aux effets de la crise économique de 2008, ou si elle marque une rupture durable et l’amorce d’une période longue de déclin de la classe moyenne en France, à l’image de ce que connaissent les États-Unis", conclut France Stratégies. Un scenario de la peur qui a de fortes chances de se retrouver au cœur de la prochaine campagne présidentielle.